Chroniques de l’Hunfini – Le verger des muses

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« Foutus végétation! A ce rythme il me faudra une bonne semaine pour rejoindre Flyrock. Mauvaise humeur est signe de grande soif. Va pour une petite pause. Ration me voila…»

Je marche depuis plusieurs heures dans la boue et les feuilles me claquent le visage, une nouvelle aventure pour aller rencontrer un vieux barbus en haut de la montagne, une étape essentiel pour rejoindre la mystérieuse tour profonde. Il parait que cette tour est si haute que lorsqu’on la gravit on a l’impression de s’engouffrer dans les ténèbres. Elle est cachée à la vue de tous, et seuls quelques vieux énigmatiques ont des indices pour la retrouver… C’est le seul passage pour sortir de ce monde étrange.
« Pourquoi faut-il qu’ils choient toujours vieux ? Oui s’ils étaient cheune, on leur dirait churement d’écouter les adultes. Enfin ch’est pas une raison pour se planquer en haut d’une montagne, la vie en ville ch’est bien aussi parfois, un petit chus de fruit, cha me manque un bon chus de fruit preché à la main… » marmonnais-je en mâchant un quignon de pain. Je regarde un instant le morceau que je venais de modeler avec ma cuillère sonique.

« Faut vraiment que j’apprenne à modeler les lasagnes… »

Les recettes avec plus de deux ingrédients exigent beaucoup d’entrainement. La dernière fois je me suis retrouvé avec du porridge, ça aurait pu passer si ce n’était pas de la sciure de bois. Bref vaut mieux amener ses rations parfois mais le pain ça va, c’est assez simple même si c’est pas de la bonne baguette traditionnelle. Une petite demi-heure pour digérer, je reprends ma cuillère sonique pour travailler ma modélisation d’armes. J’ai un faible pour les bâtons. Avec leur portée, ils sont pratique pour parer les coups et contre-attaquer et puis ça fait toujours son petit effet sur le chemin, des allures de mages.

 

« Pfcchooouiiww »

 

En deux secondes, l’outil constitué d’Ether pure s’allonge face à moi en un long cylindre, je le contemple avec fierté, glissant mes doigts sur son manche…

 

« Pfcchoouuuuh »

 

Aussi vite qu’il est apparut, le bâton se ramollit et pendouille en avant, dans une posture assez déroutante.

« Toute cette marche m’a épuisé. Faut vraiment que je trouve quelqu’un pour m’expliquer comment ça fonctionne ce truc d’ether. Le coup du poulet enflammé courant dans le village, la dernière fois c’était pas fameux non plus. J’ai faillis faire cramer toutes les récoltes… Personne m’avait dit qu’invoquer des formes de vie était quasi impossible, moi qui voulais me la péter avec un phénix chatoyant, faut que je pense à me renseigner en ville pour trouver des maîtres sculpteurs… »
Perdus dans mes pensées, je n’avais pas entendus le chant des oiseaux résonnant dans les cimes. Je tends l’oreille, c’est plus que ça, il est si beau, entrainant, envoutant, les oiseaux ont fait silence autour de moi, quelque chose d’autre chante. D’où vient cette mélodie ? Je ne peux y résister, tout mon corps résonne à l’unisson, m’invitant à découvrir ce mystère. Je sens l’éther alentours vibrer, modifier sa substance, la réalité semble s’estomper… En face de moi, les feuilles éparses, dessinent une voie, quelque chose qui n’était pas là quelques minutes avant. Sans m’en rendre compte, je suis déjà en route. Le chant s’intensifie, je m’approche, mes pieds avancent presque d’eux-mêmes. J’arrive face à une immense clairière, les arbres sont différents, ils ont l’air tous vivant, je ne saurai pas l’expliquer. Quelle surprise lorsque mon regard se perds au milieu de l’étang en contrebas : la source de la mélodie. Immédiatement je me cache derrière le premier arbre venus pour ne pas la surprendre (ou être surpris ?).

Une jeune femme prend son bain, avec pour seul vêtement l’onde de l’eau glissant sur sa peau. Chaque goutte perle le long de ses courbes, s’arrêtant parfois pour contempler la forme d’un sein, d’une fesse avant de rejoindre l’étendue… Les vagues suivent son chant, venant frapper son corps au rythme de sa danse, semblent dessiner une robe aqueuse sur Elle. Je ne saurai dire à cet instant si c’est l’étang qui l’habille ou si c’est Elle qui donne son éclat à l’étang. Sa longue chevelure humide cascade le long de ses épaules masquant son intimité alors que sa voix résonne dans la prairie, plus intense qu’un rayon de soleil, tous se taisent pour l’écouter. La mélodie inonde la vallée plus surement que toutes les pluies diluviennes. Elle baigne chaque être d’une harmonie sans pareil.

Dans sa vulnérabilité, elle révélait sa véritable force. A cet instant précis, elle imposait sa présence à tout ce qui l’entourait. Elle avait le contrôle, et plus rien n’avait d’importance. Je ne saurai dire le temps qui s’est écoulé, j’étais là derrière l’arbre à admirer, même ressentir, surement l’une des plus belles choses que j’avais jamais vus, et je ne pouvais qu’attendre. Aucune solution n’était meilleure. Je savais que j’allai le regretter mais que pouvais-je lui dire ? Les chances que nous soyons face à face au milieu de la Jungle à cet instant précis défiaient toutes les probabilités, étais-je seulement toujours au milieu de la jungle ? Absorbé par la délicieuse créature, je n’avais même pas remarqué le décor. Maintenant je comprends, tous les arbres autours aux allures de femmes, poussant dans des postures érotiques, poétiques, angéliques…

J’avais entendus parler de ce lieu. Les cartographes situaient le Verger des muses au sud de la Jungle, au cœur de la principauté, les terres du prince disparus. En réalité, il n’est pas vraiment là, il était quelque part, seulement là où un curieux pouvait attiser le cœur de ces sublimes créatures, les muses. Des tas d’histoires coulent sur leur existence, sont-elles les filles des Néfiliens, l’incarnation des désirs de la foret ou peut-être encore des femmes, poussant leurs talents au delà de leur propre existence… Qui sait ce que retiendra l’histoire, une chose est sure, jamais je n’oublierai cette rencontre. Alors que je me décide à attendre son départ, un regard derrière le tronc et le désespoir m’envahit. L’étang à retrouvé son calme et la muse est partit. Mon esprit bouillonne, voila sa tâche accomplit. Aurais-je l’occasion de la revoir ? Qui sait, mais ça c’est une autre histoire…


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