A la rencontre de la Mort

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Un éclair de lucidité

la Mort du disque-monde (terry Pratchett)

Ce souvenir dans ma mémoire est très net, ce jour où j’ai pris conscience qu’un jour je disparaitrais (peut-être). C’était un jour comme les autres, à jouer avec mes amis dans le parc, j’étais dans les jeux en bois à ramasser du sable et ça m’a frappé comme ça, sans crier gare. Une fraction de seconde, tout est devenus clair et puis j’ai imaginé le monde sans moi, le temps s’est arrêté. Qu’est-ce qui va se passer lorsque je serait mort? Je vais arrêter de penser, disparaître totalement ou mon « énergie » va voyager dans un autre monde inconnu ? Je vais être torturé, bénis ou juste ignoré ? Est-ce que tout cela va recommencer, et je vais renaitre autre part dans ce monde… Ou un autre ? Je n’ai que 8 ans, je suis trop jeune pour penser à ça… Mais je pourrai mourir demain d’un accident de voiture, comme ça a faillis arriver à mon frère l’année dernière…. Puis mon ami m’a interpellé et notre jeu a repris. Je repense parfois à cet instant mais c’est moins violent. Aujourd’hui, j’ai plus de recul sur ma vie. Je voulais participer à ce monde et lui offrir quelque chose, je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire, mais peu importe, maintenant je sais qui je suis et si je devais partir, je partirai l’esprit serein, autant qu’on peut l’être. A vrai dire, ce n’est pas vraiment l’idée de la mort qui effraie, c’est surtout la souffrance qu’on pourrait ressentir juste avant, nos capteurs tactiles en ébullition… C’est le problème quand on est curieux, on pense à des choses qui sont pas toujours rassurantes, l’avantage par contre, c’est qu’on apprend à domestiquer nos peurs, même si c’est un long chemin.

 

 

Des rites et des héritages

Autrefois comme les animaux, on accordait peu d’importance aux morts, c’était très pragmatique, les ressources devaient être préservées. Les archéologues s’accordent à dire que des funérailles sont le premier signe d’une civilisation, car il note une conscience de l’imaginaire, de choses imperceptibles (pour ne pas dire inexistante) comme les esprits ou l’au-delà. A partir de l’imaginaire, on développe le questionnement sur notre vie, les forces qui nous gouvernent, et notre mort « Et après ? » Jusqu’à imaginer que l’esprit soit différent du corps et qu’il peut exister sans, autre part. Alors on créer des rites pour protéger nos proches.
C’était une occasion de faire la fête dans certaines communautés, comme chez les vikings. Les guerriers morts aux combats rejoignaient la demeure des dieux guidés par les walkyries, filles d’Odin père des dieux. On célébrait leur départ. La mort donnait autant de force à ceux qui partaient qu’à ceux qui restaient… Mais avec le temps, une civilisation plus rigide, à inversé les rôles. Aujourd’hui le rite sert à offrir aux proches l’occasion de dire au revoir au défunt grâce au deuil. On s’habille tous en couleurs unis et terne et on attend… ça pourrait être intéressant si ça fonctionnait, mais je n’ai pas l’impression que ça marche, que ça aide vraiment les gens à poursuivre leur vie et faire de nouvelles rencontres. Au contraire, je trouve que ça nous enferme dans un cercle de solitude, plutôt qu’évacuer les émotions qui nous submergent, nous les refoulons (pour paraître digne devant le malheur).
Dans le passé, le mort était enterré dans une cavité creusée ou brulé sur un bucher, d’une façon ou d’une autre « tu es poussière et tu retourneras poussière. » (genèse 3 ; 19) sauf qu’aujourd’hui on nous « enterres » dans des boîtes de plus en plus massives, remplis de tissus et ornées de dorures. Non seulement le corps est isolé de la nature mais en plus, tout est bon pour augmenter le cout des funérailles, simplement pour une boite qu’on ne verra qu’une journée… Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Bien sur aujourd’hui, on reconsidère la demande, on créer des « œufs » pour mettre le corps avec une graine pour que le defunt se transforme en arbre… Une façon détourné de vouloir enchainer le défunt à son ancienne vie ? Pour que ses proches le garde près d’eux, avoir l’occasion de lui rendre régulièrement hommage, à travers un quelconque rituel (déposer des fleurs sur sa tombe par exemple)… Je trouve ça assez égoïste personnellement. Comment réussir son deuil de cette façon ? L’ironie dans cette histoire, c’est qu’encore une fois on vous vend un service inutile, si vous voulez devenir un arbre dans la vie suivante, un simple trou dans le jardin ou la forêt suffit, pas besoin d’un œuf. Toute cette cérémonie est un vestige de croyances ancestrales, est-ce vraiment nécessaire ?


La mort est un élément fondamental de la nature, une partie du cycle de la vie, un instant de repos avant le renouveau. Après les couleurs de l’été, la blancheur (ou grisaille) de l’hiver. Le froid ralentit le temps, gèle le sol. Les animaux se cachent, les plantes disparaissant par milliers, puisent dans le sol leur réserve pour l’année suivante, les bactéries et champignons en profitent pour transformer les vestiges annuels en compost. Après le labeur, on calme les ardeurs.

Cette vision triste, même superficielle de la mort qu’on a aujourd’hui, est propre à notre société occidentale (pour ne pas dire chrétienne), elle est associée à la notion de sacrifice, pilier de la religion, symbole de Jésus Christ, mort sur la croix pour racheter nos péchés. Le problème avec les symboles c’est qu’on les affiche partout. Dois-je rappeler que la croix est un outil de torture romain ? Lorsque j’ai sillonné la France (mais aussi d’autres pays), il y a quelques années, très souvent lorsque j’arrivais dans un nouveau village, je pouvais « admirer » la sculpture d’un type en train de se faire torturé sur sa croix, bien en évidence sur la place de l’église (Et après on nous demande de censurer les films à la Télé)… Et parfois dans un coin, on trouve une statue très prude de Marie. « On dénude l’homme qui souffre et on voile la femme inspirant la beauté » Et on s’étonne que les français aient l’air triste ? Ce parallèle est intéressant à analyser. En Asie, le religieux est encore plus présent. Ils sont surement aussi croyant que nous, pourtant leur symbole, c’est un type souriant, et bedonnant (pour certaines régions) assis en tailleur. le Bouddha est un bon-vivant, pourtant son message est le même que celui du Christ : « aimez le monde, les autres et vous-même ».

 

Note : Il y a plusieurs Bouddha, et chaque région à sa version, comme nous avons plusieurs prophètes. En réalité c’est plus un statut qu’un nom. Il signifie « éveillé » dans le sens connaître le monde et soi-même.

Vivre avec son temps

J’abhorre la notion de « sacrifice » ; pourquoi doit-on souffrir pour être heureux ?… Il n’y a rien de plus faux que cette croyance. Etre heureux, c’est d’abords un état d’esprit, une manière d’observer, d’admirer ce qui nous entoure. Je cherche encore à comprendre la nécessité de prier, le temps perdus assis, à écouter la même histoire, raconter encore et encore, pour comprendre la complexe beauté de notre monde. A vrai dire les gens qui paraissent le plus heureux, sont ceux qui ignorent leur entourage et font ce qu’ils ont envie, consacrent leur temps à leur passion. Jusqu’à ce que ça merde, et c’est complètement aléatoire. Pas grand-chose à voir avec le « karma » (généralement à force de culpabiliser, on finit inconsciemment par se saborder, j’ai l’impression). Mais on peut aussi être heureux en connaissant les choses. Lorsqu’on a compris le système, on peut créer un cycle d’apprentissage avec nos « élèves ». Le travail qu’on a réalisé au début, ils le feront à leur tour, puis le transmettront à leurs élèves, comme les parents éduquent les enfants… La boucle est bouclée.
Et là on hurlera au capitalisme qui exploitent les autres, rien n’est plus naturel que l’héritage transmis à sa lignée. C’est un processus génétique, mais aussi culturel pour notre espèce. C’est juste un équilibre à trouver entre l’esclavage et le partage.

(La répartition des tâches et des richesses.)
Bref, peut-être qu’à travers ces récits moi aussi je transmettrai quelque chose, mais en revanche, lorsque je mourrais, je ne veux pas qu’on se sacrifie pour moi. Ça sera une occasion de faire la fête ! On dansera, on chantera, et surtout on plaisantera à mon sujet. Le rire est un exutoire, se moquer, c’est briser la différence, détruire l’égo, relativiser la tristesse d’une situation. J’aime la fête des morts au Mexique, contrairement à nos croyances occidentales, c’est une occasion de se remémorer nos ancêtres, dans la joie et la bonne humeur, peut-être aussi une façon d’évacuer les tensions qu’ils pourraient éprouver face aux mondes et aux gens qui changent? On devrait être aussi heureux dans sa mort que dans sa vie. Offrir un sourire à ses proches pour leur donner l’occasion de poursuivre leur vie. Bien sur j’ai conscience que ça ne se fait pas du jour au lendemain, nous avons tous un temps d’adaptation, la nécessité d’un deuil, mais attention à ne pas tomber dans l’habitude, la terre continuera à tourner, avec et sans nous.
Honorons nos morts et fructifions leur héritage en vivant notre vie. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, comme dirait la chanson.


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