Du haut du perchoir

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« _Mais dis-moi petit homme, pourquoi es-tu si perché ? »

Alors que je posais ce carton sur le mur, cherchant d’où provenait cette étrange voix mélodieuse, je jetais un œil au loin. Apercevant une trace de verdure traversant les dunes stériles se dirigeant vers mon édifice, je suivis sa courbe jusqu’à son pied. Je découvris une superbe jeune femme à la robe tombante, noir comme sa chevelure corbeau, elle-même aussi obscure que son regard à la fois perçant et malicieux. Chacun de ses pas semblaient redonner vie à ce sol que mère nature avait abandonner depuis des temps immémoriaux. A ses pieds, éclosaient des fleurs par dizaines, comme si l’aube du printemps pointait le bout de son nez dans ma modeste contrée.

« _ Bonjour, noble visiteuse, je vous en prie, grimpez dans ma modeste demeure, avant de m’informer sur la personne à qui j’ai l’immense honneur de m’adresser ?

_… je suis dame Eleonore, mais on me surnomme « La sorcière ». Me répondit-elle d’un signe courtois avant de s’assoir sur un tas de briques me servant modestement de couches, après cette difficile ascension.
_ « La sorcière » ? Eh bien ma chère, vous êtes bien loin de l’idée que je me faisais de l’une d’elle.

Dis-je d’un sourire taquin.

_ Ah ? Désolé, j’ai oublié mon nez crochus dans ma hutte au fond de ma forêt . M’annonça-t’elle dans une réplique cinglante.
_ J’ai pas compris… Lui répondis-je, désarmé.
_ C’est pas grave, je plaisantai, petit naïf ! Mais vous avez esquivez ma question tout a l’heure, il me semble ?
_ Oui en effet, je dois l’avouer, mais c’est une bien longue histoire, qui n’est pas aussi intéressante qu’elle le semble.
_ Allons, j’ai marché toute la journée, et l’après-midi semble bien avancé. Une histoire ne serait pas de refus, avec un peu de repos avant de reprendre la route. Que faites- vous dans cette tour de cartons, si loin du monde ?

_ Eh bien… Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, dis-je en passant ma main sur mon cou, gêné. Il faudrait que je remonte loin pour resituer le contexte. »
J’ai grandis dans un modeste village, où il ne se passait pas grand chose, rien à vrai dire, la vie était si banale et même toute l’attention de mes proches n’y faisait rien. La vie était si lasse, puis un jour, un jeune homme est arrivé dans le coin, s’est installé à la taverne et s’est mis à conter une histoire, une comme celle que je suis en train de vous conter. Il a parlé du monde, de sa taille si vaste et des gens si différents, de tant de choses qui méritait d’être vu, il a conté tant de choses cette nuit-là que je ne savais si il aurait suffit d’une vie pour toutes les vivres. Le lendemain, il reprenait sa route en toute modestie, et pour le remercier de l’animation qu’il nous avait offert, son baluchon fut remplis à foison. J’ai repensé à cette nuit, tant d’années, je me suis posé des questions et un jour, j’ai décidé que quoiqu’il arrivait, cela en vaudrait la peine, j’ai oublié la peur, la raison, j’ai pris à mon tour le baluchon.

J’ai rencontrer des gens, j’ai traversé des champs, de bataille ou cultivable. J’ai écouté le monde et j’ai compris l’importance de ces récits qui avaient bercé mon enfance. Le bien, le mal, tout cela n’avait plus d’importance. Toute mon éducation était remise en question. Toutes mes illusions, j’ai du tout réapprendre, pour comprendre ce monde. Au début, les gens étaient fascinant, s’aimer, courant après la prospérité, puis ils finissaient par se détester pour la récupérer.
Il n’y avait que l’amour et la haine, un simple choix à faire, et pourtant si complexe. Je ne comprenais pas ce que mes paires étaient près à faire pour ça… Pour en saisir toute l’essence, je m’étais imaginé qu’il fallait que je m’extirpe de ce système malsain. J’ai repris mon baluchon et je suis venus ici, à l’écart du monde, à l’écart des hommes. Pour les observer, j’ai du m’élever, il y a longtemps que j’ai posé la première pierre…

« _La première pierre ? Mais ici il n’y a que du carton ?… Me coupa mon invitée.

_Les hommes, nous sommes tous différents et pourtant nous sommes tous semblables, dans nos aspirations. Mais face à la nature, nous ne somme que poussière, nous redevenons poussière d’étoiles, lui affirmai-je en désignant l’étoile du berger qui venait de pointer le bout de son nez non loin de l’astre du jour qui s’en allait rejoindre son refuge sous l’horizon.

Il se couche, le soleil, les journées sont chaude, mais les nuits sont fraiche. « La nature est cruelle mais elle est juste. » face à elle nous sommes tous égaux, et je l’ai appris à mes dépends lorsque j’ai débuté la construction. Je n’avais que de l’argile et peu à peu, face à la sécheresse et l’érosion, le mur s’est affaissé. J’ai décidé d’utiliser un matériau plus solide, je n’avais pas de brique sous la main, ni le temps de tailler des rochers. Une tour de fer ? Utiliser du métal, elle aurait été si lourde qu’elle aurait finit par s’enfoncer dans le sable, en dehors du fait que la journée, elle soit brulante et la nuit glaciale. C’était décidément une mauvaise idée. Ainsi j’ai penché pour le carton, chaque fois que je vais puiser mon eau à l’oasis, je ramène aussi du bois. Pratique et léger, préserve la fraicheur nocturne la journée, conserve la chaleur diurne la nuit. Elle pli sous le vent mais ne cède pas. Wonderwall.

Ainsi chaque jour, j’assemble les cartons dans ce mur, élevant ma tour dans un but mystérieux. Au départ pour étudier mes pairs, puis je me suis lassé de leurs querelles mesquines et sournoises.
Chaque soir, je me couchais avec les étoiles m’observant, j’ai appris à connaître leurs danses au fil des saisons, ainsi j’ai continuer mon ascension espérant un jour les rejoindre…
_Eh bien, c’est une chouette histoire, un peu étrange, mais tu as réussis à occuper ma soirée, jeune bâtisseur, me dit la femme en me montrant les derniers rayons du soleil poindrent derrière les dunes.
Emporté par la nostalgie, j’avais presque oublié l’envoutante présence occupant ma demeure. Surpris par un silence soudain, je me tourne vers la sorcière, croisant son regard, je me perds dedans… Une seconde qui semble durer une éternité, plonger dans un apaisant brasier, je reviens à la réalité, cherchant l’attention de la jeune femme. Un peu timide, je prend sa main et la guide vers une zone dans le ciel, la ceinture d’Orion, le chasseur…
« _ Qui est-ce ? »
Je ne répond pas, je scrute les étoiles, ne sachant pas quoi attendre, elle n’insiste pas, et le temps s’envole, à ses cotés. Nous observons le silence de la nuit, l’éclat des étoiles si brillantes, si pures, et celles qui filent dans l’obscurité, je lui demande de faire un vœu.
Un modeste sourire, un baisé furtif sur la joue, elle s’en va se coucher. Un dernier regard vers son hôte :
« Le temps est sans importance, seule la vie est importante. »
Je reste perplexe. Assis sur le sol, contre le mur, les pensées se bouleversent dans ma tête, j’observe les étoiles en cherchant la signification de ce geste innocent, jusqu’à ce que la fatigue me rattrapent.

Mes yeux se ferment, et j’abandonne la réalité un soir de plus pour un monde onirique…
« Sapristi, elle est parti. »
Il avait bâtis cette tour pour comprendre le monde, Il l’avait continué pour s’élever rejoindre les étoiles. Mais en rencontrant cette enchanteresse, il découvrit que la plus éclatante de toutes, était parmi les hommes. Il scrute au loin pour l’apercevoir sans vraiment espérer.
Pourquoi continuer le chemin des cieux quand ce qu’il cherchait depuis tant d’années était si proche, il est décidé, reprendre son voyage, retrouver sa trace.


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