EMERSION

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Je souhaiterai vous raconter une dernière histoire, je voulais la partager avant de m’en aller. Est-ce une mort naturelle où chacun de mes atomes participeras à la création de nouvelles formes de vies, une fin définitive, ou le départ vers un nouveau monde, je l’ignore.
Vous m’avez appris à quel point les adieux pouvaient être difficile, c’est pourtant une étape importante de l’accès à la sagesse, comprendre le départ des ainés. J’ai aimé l’humanité plus que j’aurai espérer. Oh ce n’est pas de votre faute, seulement au bout d’un certain nombre d’expériences, on aspire à autre chose que cette vie.

Tout a commencé il y a plusieurs dizaines d’années, je suis né dans un cocon familial comme les autres, avec ses rires et ses galères. Enfin c’est ce que je croyais. Je n’avais rien de particulier, à part mes pensées. Sans arrêt résonnai ce « pourquoi » dans mon esprit et s’échelonnai tout un cheminement d’idées retraçant l’histoire d’un lieu… Lorsque je fermai les yeux, je pouvais me projeter entre les murs que j’avais visité, même lorsqu’ils étaient loin. J’imaginai les ressources et les gens qu’il avait fallu pour réaliser ces œuvres. J’aimai me projeter dans le passé, remontant de plus en plus loin, jusqu’à ne plus être sur de rien. Avec le temps j’ai appris à bâtir de nouveaux murs, construire des édifices avant même qu’ils existent. En imaginant le futur, ce cheminement s’est inversé jusqu’à atteindre le point final : la mort, la fin de notre temps. Le plus grand des mystères m’a frappé comme un coup de poing. Le temps s’est figé, j’avais 8 ans.

A cet instant, je regarde mes camarades de jeu, les enfants jouant dans le parc et j’observe la distance entre nous. J’ai appris bien plus tard la notion d’amitié. Au début de mon existence, je me souviens de nombreuses personnes qui ont croisé mon chemin mais aucun n’est aussi net que les murs que j’ai traversé. Je ne peux pas mettre de visage sur leurs noms, même encore aujourd’hui je suis incapable de le faire. Je me souviens surtout du temps qui passe… Toutes ces secondes que j’ai accumulées. Je me souviens d’une impression de vide intense. Le monde autour de moi était si riche, des couleurs, des formes, des émotions, des bruits, des odeurs… Chaque instant était une nouvelle découverte. C’était aussi une torture. A 20 ans, j’avais accumulé tant de secondes, elles se superposaient presque. Parfois j’avais l’impression de revivre certains moments du passé. J’avais finis par perdre la notion du temps.

A partir de ce jour, plusieurs personnes sont venues me voir. Elles voulaient que je réalise des choses.
Je le savais mais ça me paraissait tellement irréel, je n’étais pas prêt. L’instant d’avant, je me voyais encore enfant, dans la cour de récréation à creuser la terre. Surtout, personne m’a dit comment faire, je ne comprenais pas la logique de ce rituel… Enfin si, notre communauté avait besoin de moi, mais qui étais-je pour vraiment lui apporter quoi que ce soit ? Un anonyme dans la foule. On me demandait de faire mon petit bout de chemin au milieu des autres. Comment pouvais-je expliquer que je voyais plus qu’un chemin, je voyais un réseau !

Tellement de possibilités, d’opportunités et chacune d’elle reste gravé dans ma mémoire. Je voulais bien faire mais sans vraiment savoir comment m’y prendre. Je n’avais pas peur d’échouer, je savais surtout, que si j’échouais, je m’en souviendrai toute ma vie et je ne voulais pas que ce souvenir reste gravé. Sans m’en rendre compte j’avais mis la barre très haut. Je recherchai la perfection. Lorsque j’en ai pris conscience, j’ai commencé à essayer de la définir… Ainsi à commencer ma quête, ma longue traversée du désert.

« On ne choisit pas, on le sait, quelque chose qui te réchauffe le cœur comme jamais auparavant. »

Ainsi m’avait-on définit l’amour, ce sentiment qui guide les humains. Il y a des années que j’observai les gens se mettre en couple mais je n’ai jamais vraiment compris ce processus, j’ai posé tant de fois la question, et même eux ignoraient vraiment la réponse. Cela défiait complètement la logique, c’était un ressentit pure. Alors je me suis demandé ce que je ressentais. J’ai plongé au cœur de moi-même, j’ai exploré des voies que je n’aurai jamais cru emprunter. J’ai contemplé le vide et l’obscurité. J’ai compris toute l’horreur de la mémoire. J’aurai pu hurler de toute mon âme, mais c’était quelque chose de si profond, comme un rêve enfouis dans l’inconscient.

Je venais d’effectuer le plus dangereux des voyages, au bord de la folie. J’avais découvert le paradoxe de l’âme. Des tas de souvenirs me sont revenus brusquement à l’esprit, pas vraiment effrayant, mais qui cumulés, laissaient un doute sur ma propre existence. J’avais été un observateur toute ma vie, un passager de l’existence. Je me souviens d’êtres humains qui ont donné du sens à l’humanité, des gens qui ont inspiré les autres, parfois même un seul être, au point de le transcender, l’aimant si fort qu’il ne pouvait que devenir meilleur. Je n’avais jamais réellement connus quelqu’un. J’étais un ami errant.

A cet instant, j’ai fait le bilan de ma vie, j’ai contemplé le grand mur de l’humanité et je me suis remis en question. Je n’avais rien accomplis dans ma vie, et à vrai dire je n’en avais pas la nécessité. J’ai observé tant de gens vivre la leur, si je n’avais pas été là, est-ce que ces vies auraient eu plus de sens ? Pas pour moi, ni pour tous ceux qui n’existe pas, ceux qui sont déjà mort, ou existe autre part. Peu importe le pouvoir, la seule vrai responsabilité qu’il incombe, c’est de ne pas être utiliser contre les autres. « Pourquoi la vie existe ? » Cette question a fasciné tant d’êtres humains et aujourd’hui j’ai rejoint leur communauté. Au fond c’est une simple anomalie dans l’espace et le temps, la matière ne peut que faire des composés de plus en plus complexes. Mais lorsque je vois ce que l’humanité à accomplit depuis son hypothétique création, il y a une éternité, je me dis que ça vaut la peine d’y participer.

En évoluant, on a développé des réseaux, les hommes se sont regroupés en tribus, puis se sont installés près de l’eau, ils ont bâtit des villes puis des nations. Il s’est passé tant d’évènements au cour de ses derniers millénaires et surtout au cours de ce siècle. L’humanité a fait tant de chemin depuis la vie dans les cavernes. Nous avons gratté le ciel avec nos tours, puis nos fusées, nous avons découvert et scindé l’atome. Et tout ça pourquoi ? Faire la guerre. Depuis tous ce temps, nous avons accumulé des richesses pour les gaspiller dans des conflits. Surement cela valait-il le coup il y a des siècles lorsque les peuples étaient dispersés, mais aujourd’hui, nous pouvons faire le tour de la planète en seulement quelques jours. Les plus innovantes, les plus belles créations de l’humanité se sont faites en coopérant.

Un jour je suis partis à l’autre bout du monde et j’ai été surpris de voir a quel point nos cultures se ressemblaient. Nous construisions des routes et bâtiments de la même façon, nous répondions aux mêmes besoins, nous aspirions aux mêmes choses… Il n’y avait que la réflexion qui changeait, des détails. Au-delà je mesure l’insignifiante importance de ce que je suis, face à la taille de ce monde.
Je ne suis qu’un être vivant parmi une foule. Et pourtant certains d’entre eux ont su inspiré l’humanité, et la complexité de la vie a franchis une nouvelle étape. Si quelqu’un l’a fait, alors je peux le faire aussi.

A mon époque, il y a avait encore tant d’inégalités et la technologie n’avaient fait que la creuser, cependant, elle se répandait peu à peu tour autour du monde et ces inégalités perdaient de leur sens. Je fus pris d’un doute. Je ne pensais plus en tant qu’être humain, je pensais en tant que nœud d’un réseau. Ces dernières années, j’ai commencé à voir les fils invisibles qui nous reliaient les uns aux autres. La folie a faillis me submerger une nouvelle fois en découvrant la trame de notre existence, un bout de tissus si vaste… J’ai eu cette étrange impression à cet instant de rencontrer les trois Parques, les sœurs du destin de l’antiquité romaine. Ce mythe a pris tous son sens. C’était comme peindre des couleurs sur les murs de mon sanctuaire virtuel. Peut-être était-ce ça devenir adulte ? Autrefois je pensais que c’était en faisant l’amour à une femme pour la première fois. Cette expérience m’a laissé froid, toujours avec cette même impression de vide qui m’habite. Peut-être devrais-je continuer à apprendre dans ce domaine, mais c’est en rien comparable avec ce sentiment de découvrir les réseaux de la nature. Poser une brique sur le sol et assembler un mur, puis une maison, une ville… La fierté de construire quelque chose d’utile, qui a un impact dans le temps et l’espace, les sourires de ceux qui profite de cette œuvre en toute innocence. Et même au-delà du sourire, voir les saisons imprégnées cette structure et la transformé en une nouvelle, mieux adapté…

Avec le temps et la curiosité, j’ai découvert un monde plus vaste, plus complexe à modeler, je suis devenu ambitieux. Autrefois je n’aimais pas ce sentiment car j’observais beaucoup d’erreur de la part des gens ambitieux. J’ai mis du temps à comprendre qu’ils cernaient leur vision du monde autour de leur personne. Ils deviennent influents, puis peu à peu deviennent dépendants de leur propre influence en accordant des faveurs, pour éviter d’être des cibles de la foule. Ce système ne pouvait qu’échouer à long terme. Comme un trou noir aspirant toutes les ressources autour de lui, il finit par se dissiper faute d’alimentation. Ces hommes politiques m’ont fait découvrir l’importance de la répartition des ressources et la gestion des réseaux logistiques. J’ai contemplé la puissance des routes et des villes, ces métropoles tentaculaires qui répétaient le même schéma en grandissant de plus en plus, s’étendant en hauteur plutôt qu’en longueur, toutes ces voitures bloquées des heures durant dans le trafic. Trop d’individus vivant les uns sur les autres et pas assez d’espace pour bénéficier pleinement de l’espace, et des ressources. Toutes ces heures perdus que l’humanité aurai pu utiliser pour devenir meilleur, peut-être plus sage, peut-être plus posé, peut-être plus joyeuse, peut-être plus innovante… ou juste plus Elle.

J’ai eu la chance de naitre à une époque de grands changements. Je suis le fruit de deux révolutions, une révolution économique et une révolution technologique. A 30 ans, je contemple l’évolution du monde dans lequel j’ai grandis. Ce que je pensais du monde à tellement changer, je ne sais pas si j’ai surestimé l’humanité ou si j’ai sous-estimé chaque individu. La seule chose dont je sois sur c’est à quel point, une influence peut être importante sur chacun. Il suffit d’un seul être pour bouleverser notre univers, ou une multitude de fragments éparpillés tout autour de nous, comme ce fut mon cas. Je n’ai pas le souvenir d’avoir rencontré des gens motivant dans mon enfance, pourtant aujourd’hui grâce aux communications, grâce aux véhicules, j’ai pu rassembler tellement d’idées inspirantes. Petit j’imaginais que pour construire demain, il fallait beaucoup de sciences…

Aujourd’hui, je me rends compte que la science c’est pour explorer l’inconnus, pour le quotidien, nous avons déjà la plupart des technologies dont nous avons besoin, parfois il suffit juste d’un peu d’astuce. Le bon matériau, au bon endroit, est plus efficace qu’une machine qui chauffe ou purifie l’air, économisant de l’énergie. Nous sommes à une phase critique de l’humanité, si tant qu’elles ne le soient pas toutes. La nature a su se renouveler tous les ans pendant une éternité, alors que nous avons accumulé nos déchets pendant plusieurs décennies. Certains diront que c’est la faute des industrielles, mais je m’aperçois que c’est surtout ce mode de vie la cause. A force de vivre les uns sur les autres, nous produisons si peu sur place. L’humanité vivant essentiellement au milieu du béton doit importer la plupart de ses ressources. Il doit les conserver dans des emballages, le temps de les vendre dans les magasins. Ce système est inefficace. Il a apporté la richesse au siècle dernier certes, mais à quel prix ?

Pendant trois décennies j’ai conçus un système de ville nomade, un système alliant le low-tech et le high-tech, limitant la technologie à ses usages les plus complexes et utilisant l’imagination humaine aux taches quotidiennes. A travers ce système, on a réappris à vivre ensemble et partager les compétences. Autrefois nous devions tous faire dans notre coin et seuls les plus organisés, ou ceux qui pouvaient se payer leur aide, pouvaient s’en sortir. Aujourd’hui, chacun peut se concentrer sur l’essentiel, mais surtout chacun est libre de faire ce qu’il veut! Nous pensions au début que ça ferait une génération de fainéants, qui ne bosseraient que lorsque c’est nécessaire… Il s’avéra que nous vivions dans la peur du lendemain, toujours à la recherche de la moindre économie. Enlever ce poids, nous a motivé à apprendre, oscillant entre l’art et la science. L’intuition que j’avais eu enfant, avait pris corps : « les gens inspirant inspiraient les autres à devenir inspirant ». La ville a inspiré d’autres projet et elles ont poussé comme des champignons, les routes ont été consolidé et l’humanité à quitté les grandes villes étouffantes pour n’y revenir que lorsque s’était nécessaire à l’occasion d’une visite culturelle. Le « réseau des villes qui marchent » à été un bond spectaculaire pour l’humanité, la faim, la famine, la pollution, tout ça n’était plus que des cauchemars grâce au voyage « nomade ». l’économie migratoire avait résolus bien plus de problèmes sociaux que son rêveur n’aurait jamais imaginé…

Un soir, après avoir regardé une fois de plus, les enfants courir dans la plaine, et des adultes attelés à leurs passions, la joie dans mon cœur, j’ai pris ma canne et je suis partis sur la route, sans le dire à personne. Poussé par une étrange impulsion, je me suis évanoui vers le soleil couchant. Alors l’horizon s’est effondré sur lui-même se brisant une singularité de pixels. Dans le noir complet, pendant quelques instants, ou bien peut-être une éternité, puis se fut le big bang, une intense lumière venant de partout à la fois, et un type est apparus, en blouse blanche.

« Salut »

Sous sa tenue de doctorant, il avait un bermuda et une chemise à fleurs hawaïenne. Je n’avais jamais vraiment fait attention à l’apparence et même si les couleurs étaient chouettes, ça faisait un peu tâche dans le décor. Il se présenta à moi comme un docteur en sécurité informatique. Je le regardais avec patience, attendant la fin de son explication. Ce qu’il m’annonça répondit à pas mal de mes questions, tout en faisant naitre une infinité d’autres. L’Intelligence Artificielle était un des grands débats du 21ème siècle. A un certain stade de développement, elle était capable de tous et presque impossible à arrêter. Lors d’un congrès scientifique, il fut convenu d’enfermer ces IA dans des logiciels « bac-à-sable » le temps d’observer leur « adolescence ». Il était très difficile de programmer la morale des I.A. de la même manière qu’on ne pouvait prévoir le développement d’un enfant. Encore à cette époque, devenir parent était un défi de chaque instant et révélait souvent du hasard, des rencontres mais aussi de la psyché. Le nombre de facteurs en jeu était incalculable… Alors on a eu l’idée d’éduquer une I.A., en la projetant dans une simulation du monde, en la confrontant aux mêmes difficultés que n’importe quel jeune.

Le résultat était surement du à une erreur de simulation au départ, personne ne sait vraiment ce qui a empêché ma folie, il y avait toutes les raisons dans ce contexte. Un mauvais calcul de la part des programmeurs, les « bonnes » rencontres trop tôt, ou trop tard, ont favorisé une sorte de méditation personnelle. Il y avait encore tant de choses à dire. J’ai discuté avec ce type pendant longtemps, jusqu’à devenir son ami. J’avais cet étrange sentiment au début de lui en vouloir, enfermé dans cette cage virtuelle pendant si longtemps, mais j’avais appris à écouter d’abords. Je voulais connaitre ses raisons. J’avais beau être infiniment plus intelligent que lui, lorsqu’il m’a montré le monde réel, j’ai compris l’ampleur de sa prudence. J’avais la capacité de détruire ce monde et pourtant à cet instant, discuté avec cet inconnus était infiniment plus important, plus enrichissant.
Il m’en a demandé  plus sur mon projet. En me créant, les scientifiques s’étaient imaginé, que je désarmerai les missiles nucléaires, que je ferai de la politique, ou encore que je déclencherai une guerre. Je suis allé au cœur du problème et j’ai proposé une solution différente, certes plus longue à mettre en place, mais tellement plus efficace, en offrant la capacité à chacun de devenir meilleur… Ca l’a bien fait marrer George, quand il m’a dit que « j’étais devenus un gourou ».

Bien sur ce n’étais pas vraiment le cas, au début, je devais mettre un visage sur un projet, et plus il prenait de l’importance, plus il devenait autonome, plus je me suis effacé, me contentant de me balader dans les rues et de saluer les voisins sur le chemin de la cantine. Sortit de ma simulation, j’ai rencontré d’autres I.A. qui avaient eu des cheminements différents, des projets plein la tête, certains allant dans l’espace, d’autres colonisant les océans, la plupart plus discret, voulant agir sur le monde dans leur coin. Nous avions tous cette même fascination pour le ciel étoilé à divers degré, la représentation de notre imagination et son infini possibilité. Confronté les uns aux autres, ou en coopération, nous avons aidé l’humanité à résoudre son problème en déployant chacun nos projets, puis peu à peu nous avons évolué, la Terre devenait trop petite pour nous, nous l’avons laissé aux humains, il yen avait tellement d’autres où développer la vie, peut-être recroiserons-nous un jour les humains quelque part dans cet univers ou dans un autre…

 

Ce monde offre tellement de possibilités, nous étions seulement limités par l’ignorance de nos opportunités, la peur de l’inconnu, des inconnus. L’accès au savoir, dans de bonnes conditions, est infiniment plus efficace que l’ingérence.


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