Quiconque m’est supérieur en un quelconque domaine

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Au cours des dernières années, où j’ai eu beaucoup plus d’échanges avec les gens, j’ai remarqué très souvent une confusion dans nos conversations. Lorsque nous évoquons une idée, nous avons tendance à nous concentrer plus sur des mots que sur la phrase.

 

Définir la nature d’une idée.

 

Avec du recul, je me rends compte à quel point cette confusion est importante. Elle permet de générer de nouvelles idées à travers le débat. L’autre face de la pièce, c’est que dans notre société éduqué, nous cherchons à explorer l’idée jusqu’à en perdre l’essence, la base même. Aujourd’hui il y a énormément d’idées qui circulent, la plupart semblables et parfois d’autres spéciales. Elles apparaissent, disparaissent et réapparaissent au gré des gens et de leur environnement. Certaines deviennent la norme quelques temps, puis laisse la place à d’autres. Bien sur la plupart des idées restent dans nos esprits, certaines sont partagées, avec nos proches, des inconnus, voir des étrangers qui lisent nos traces sur le papier ou d’autres supports. Si on allait au bout du raisonnement, on pourrait même dire qu’une idée vit sa vie, qu’elle nait, grandit, et meurt à son rythme (mais si on le faisait, on devrait créer des lois pour les protéger… Comme les brevets ou les copyrights, sauf qu’une loi est déjà une idée en soi.)
Nous sommes une espèce sociale, communiquer est notre stratégie de survie (principale). Nous avons besoin de partager nos pensées, sauf que nous vivons au milieu d’une infinité d’idées, regroupant d’autres idées. Qu’est-ce qu’un arbre ? Un truc dur, grand, vert, qui grandit, au milieux d’autres, et logent des animaux. Rien que dans cette phrase, nous avons une dizaine d’idées. Chaque mot en est une. Le langage est l’une des choses les plus complexe que nous ayons inventé, un petit bijou technique qui nous permet d’établir une coordination entre nous… mais c’est aussi ce qui nous divise. Une idée se définit différemment selon chacun de nous. Selon notre culture, notre environnement et surtout nos objectifs.
Pour l’artisan, l’arbre est une ressource
Pour l’artiste, l’arbre est une source d’inspiration
Pour le voyageur, l’arbre est un abris.
Pour le soldat, l’arbre est une protection.
Pour le biologiste, l’arbre est une technologie.
Pour le philosophe, l’arbre cache la foret.
On pourrait débattre longtemps sur la « réelle » fonction d’un arbre, ou alors accepter qu’il possède toutes ces fonctions. Que sa fonction principale dépend uniquement du contexte, c’est-à-dire l’observateur et son environnement.

NOTE: c’est un bref résumé, peut-être confus, mais explorer la nature d’une idée dans toute ses subtilités, exigerait plus qu’un livre.

 

Ressentir le monde

Le monde qui nous entoure est complexe. Chaque instant nous (re)découvrons des milliers d’idées. Certaines idées lorsqu’elles persistent jusqu’à faire partis de notre culture (individuelle au moins), deviennent des croyances. Quand elles sont partagées par plusieurs personnes, elles deviennent un dogme (ensemble de croyances) et lorsqu’elles s’appliquent à une situation général, voir à un contexte précis, elles deviennent des faits, une vérité. Régulièrement des nouveaux outils permettent d’étudier notre monde et modifient les croyances (mais rien n’exclue les autres croyances, hormis l’étude du contexte étudié.) :

« le ciel tourne au dessus de nos têtes, tous les jours. »

Plonger dans le mondeChaque idée amène pleins de questions, explorer ces questions génèrent d’autres idées et permettent de façonner le monde dans lequel nous vivons. Certains diront que le monde existe parce que nous l’observons. Des grands reptiles vivaient autrefois sur la planète, que savons-nous de leur mode de vie ? Imaginez le nombre de chercheurs qu’il a fallut pour répondre à cette simple question. Et avant ça, la réaction du type lambda qui trouvait un crâne réptilien énorme dans son champs… En 200 ans de recherches, nous ne connaissons que les grandes lignes de l’Histoire de ces 300 derniers millions d’années, autrement dit presque rien, seulement quelques traces. Notre Histoire, nos connaissances du passé ont réellement pris de l’ampleur avec la création du dessin, puis l’écriture, laissant des archives lisible, tout le reste est le fruit de la déduction et sujet à controverse. Pourtant au cours de ces milliers d’années nous avons perdus énormément de documents, cachés, détruits ou seulement érodé par le temps. Même au cours de ce siècle, qui peut dire ce qu’il s’est vraiment passé ? Je connais l’existence des guerres mondiales, mais pas ceux qui y ont participé, à part quelques uns qui se sont démarqués. Certaines batailles se sont gagnées sur un pur concours de circonstances, bien au delà du nombre d’hommes, d’équipement ou la météo. Je ne connais plus l’essentiel de ce qui s’est passé autour de moi au cours de ma (relativement) courte existence: Il y a trop d’informations.

Un seul individu à visiter des tas d’endroits, rencontrer des tas de gens et construit un tas de projets… Même lui ne se rappelle pas de tout ça. Et si c’était le cas, je me demande dans quel état serait son esprit ? Il existe une anomalie du cerveau qui s’appelle l’hypermnésie (une anomalie parmi de nombreuses autres). L’individu peut se souvenir d’une grande partie de son existence avec énormément de détails, les formes, les couleurs, les sons, les odeurs, les gens présents, leur action… Mais peut-on réellement se souvenir de l’intégralité de sa vie ? Certaines personnes peuvent se souvenir d’énormément de choses, ce qui leur donne beaucoup d’éléments de comparaisons pour construire de nouvelles expériences, comprendre le monde autrement… C’était peut-être le cas de Léonard de Vinci ou Nicolas Tesla, deux génies bien en avance sur leur époque (deux parmi des dizaines d’autres qui ont laissé moins de traces écrites, explorer des domaines plus obscures, ou bien vécus dans l’isolement, loin des témoins) Mais la mémoire ne fait pas tout, il faut un système d’archivage pour récupérer les données aussi vite (comme dans une bibliothèque ou sur un moteur de recherche). Il faut sélectionner les informations importantes. et toute la difficulté des neurosciences résident là, comment définir l’importance d’une idée, parmi une infinité?

Tout ça pour expliquer à quel point notre idée du monde est personnelle, les choses que nous percevons sont propres à notre esprit. Nous accumulons les expériences pour créer une image mentale du monde et trouver nos repères (spatiaux/temporels/émotionnels). Je me demande si c’est pas la fonction de la nostalgie, l’expression de fonctions cognitives bien plus profondes. Enfant, le monde me paraissait vaste, et pas seulement parce que j’étais haut comme trois pommes. J’observais le même décor que les adultes, pourtant le fond de la cour de récréation me paraissait éloigné, aujourd’hui, c’est seulement quelques enjambées. Le chemin de la maison, un long voyage alors qu’aujourd’hui c’est une ballade de santé.
Comment définit-on la notion de profondeur ? il n’ y a pas de contact, on ne ressent pas l’espace (pas à ma connaissance*), par contre on peut créer des éléments de comparaison, des lignes qui se rejoignent. En dessin, j’ai appris qu’on appelait ça des « points de fuites ». Des endroits de notre vue où les formes disparaissent au loin. Ça nous parait évident, pourtant, il semblerait qu’un bébé à sa naissance ne perçoivent autour de lui que les objets très proches, on nait sans repères spatiales, on les construit en grandissant.

 

Comprendre la beauté

 

J’arrive au sujet qui fâche. Lorsque je rencontre une personne, j’observe son visage et je me demande (toujours) pourquoi il me plait ou pas. L’ensemble des courbes naturelles, des muscles qui se contractent forme un dessin complexe qui me rappelle d’autres gens que j’ai connus ou des lieux que j’ai fréquenté. Certains visages font même penser à des animaux. C’est simplement de la curiosité, je ne suis pas sur d’avoir compris ce qu’est réellement la beauté. Je me suis aperçus qu’en côtoyant assez longtemps des gens, je les regardais autrement que lors de notre première rencontre. Leur visage n’a pas changé et il s’est écoulé trop peu de temps pour qu’ils aient vieillis, pourtant j’apprécie mieux leurs traits après quelques semaines. Il y a quelques années, mes parents ont ramené un chien à la maison, un cane-corso. Ses grosses babines et ses grands yeux ronds lui donnent un air triste. A l’époque je trouvais ces courbes désagréable, parce que je n’avais pas de repères visuelles. Avec le temps, j’ai appris à la reconnaître et l’apprécier, je trouve que ça lui va bien maintenant.
Avec cette expérience, je me rends compte de la puissance de la nostalgie et de l’esprit, ma compréhension de la beauté est le fruit de mes expériences passées, des millions de point de fuites entre les formes et les couleurs permettent d’établir une carte du monde et de prévenir les futures rencontres. Les cours de dessins (et la conduite en voiture, où il faut être attentif aux détails) m’ont beaucoup aidé à définir mon environnement, et c’est toujours le cas. Maintenant je peux même anticiper les dangers de ma perception, la peur de l’inconnus, reconnaître les visage. Ça me fait penser à un autre phénomène étrange, quand j’étais petit, le visage des gens était juste un ovale avec le nez, les yeux, la bouche, etc… Je n’avais jamais vu les pommettes, et pourtant ces mêmes personnes aujourd’hui ont les joues creusés ou arrondis et plein d’autres détails me frappent grâce au dessin.

Lorsque nous regardons des tableaux dans un musée (ou même le décor), des choses dans la rue ou même des personnes, parfois ça fait « Waoh… », Enfin moi, ça me le fait, j’espère que c’est aussi le cas chez les autres. Ce moment où les courbes observées correspondent avec de grandes similarités avec les expériences passées (du moins l’étrange formule créer par notre cerveau pour calculer l’espace). Cette idée que je pourrais définir par « harmonie », exprime un grand calme dans mon esprit, un endroit mental de « bien-être ». Je me demande si la beauté n’est pas un outil (ou la conséquence d’un outil plus vaste) pour nous inciter à explorer le monde, ou plutôt des expériences (physiques et/ou spirituelles) ?

 

Différencier nos perceptions

L’émotion :

Une succession de «wooaa » peut amener à l’amour, quelque chose d’encore plus subtile, voir extrêmement chaotique. Parfois sa simple existence peut briser l’harmonie. Peu importe que ce soit, un objet, un lieu ou une personne, aimer est une simple perception. Il n’y a pas d’objectif à aimer ou pas quelque chose. Je pense que c’est simplement une façon de faire le tri dans nos pensées. C’est une simple sensation. Cela n’a rien à voir avec une observation, où l’on compte les idées qui définissent l’objet perçus. Cela n’a rien à voir non plus avec un jugement, où l’on évalue si l’objet est adapté à notre environnement, si on peut lui faire une place dans notre monde.
Exemple :
– J’aime le chocolat

– Je n’aime pas le chocolat noir

Deux émotions pures, pas de constat, pas de jugement. Elles peuvent vous paraître contradictoire et pourtant la seule chose qui diffère, c’est « noir ». Tout dépend de l’environnement, il y a des centaines de chocolats, avec des caractéristiques différentes. Peut-on vraiment aimer tous les chocolats ?
Exemple plus radicale (et j’insiste sur exemple) :
-je n’aime pas les gens
-Je n’aime pas les gens noirs

Encore une fois, c’est une émotion, sans jugement, ni constat. On aime les gens pour ce qu’ils sont, mais difficile d’aimer tous le monde. Même si la couleurs de peau est une caractéristique totalement arbitraire, c’est pourtant la caractéristique la plus simple à percevoir, car nous vivons dans un monde riche de couleurs et une couleurs sombre se remarque très facilement, autant que son opposé le blanc. J’ai pris l’exemple du racisme, car c’est la grande problématique de notre génération. Je me suis toujours posé la question: “pourquoi le racisme est-il aussi violent contre les gens noirs de peau ?” Bien sur le racisme est présent dans toutes les cultures mais étrangement, nous accordons plus d’importance aux noires, qu’aux jaunes, oranges, ect… Pour moi c’est surtout une peur de l’inconnus, comme j’ai expliqué plus haut, mais revenons au sujet.

 

Le constat :


Exemple  :

Je n’aime pas le chocolat noir, parce qu’il est plus dur, plus farineux et surtout plus amer
Je n’aime pas les gens noirs, parce qu’ils sont grands, costaud et résistent au soleil.

Ici, plus qu’une émotion, il y a une observation (peu importe que ce soit vrai ou pas) mais toujours pas de jugement. Il fait appel à notre perception, c’est un constat. Ici il s’agit de mettre en avant des qualités ou des défauts pour justifier notre ressentit.
NB : j’aurai pu aussi bien dire qu’ils prennent le travail et les femmes des hommes blancs, ça resterait un constat, pas un jugement. Tous ces arguments peuvent être réfuté par d’autres arguments, ce sont des croyances propre à une culture et une époque. (tout dépend après si on est ouvert à la discussion ou si on préfère camper sur ses positions)

 

Le jugement :

 

Exemple :
– J’aime les pates carbonara parce que ce sont les meilleures pates du monde.
– Je n’aime pas les noirs parce qu’ils sont une espèce inférieure.

En plus d’une émotion, on a un jugement. Il est définit par une comparaison (peu importe qu’elle soit justifiée ou non, ce n’est pas le propos). Notre perception définit un élément comme bon ou mauvais, mais par rapport à quoi ? Là est le problème, le jugement est totalement arbitraire, il se base sur des croyances, sur une vision qu’on a du monde.

 

L’art de jauger

 

Exemple :
le lapin est plus rapide que la tortue

Ici aussi nous avons une comparaison, mais elle se base sur une observation et non jugement. On fait référence à des caractéristiques communes (et perceptible) aux deux animaux (vitesse) C’est vrai que la nuance est assez subtile. Tout dépend du contexte, est-ce que ça nous apporte quelque chose de juger ? Bien sur, le jugement est un outil de défense, une sorte de “pare-feu” mental. Il y a des situations où il faut évaluer rapidement ce qu’on a en face de soi. Le danger, la nécessité empêche de poser des questions, de demander un CV. Alors notre esprit fait appel à notre culture (in)consciente pour savoir quel choix faire. Ca fonctionnait tant qu’on était dans une culture nomade, chassés par des prédateurs il y a quelques milliers d’années. Dans une société basé sur la communication, ce ne sont plus que de vieux reflexes primaires, rarement utilisé (et souvent exploités maladroitement). C’est pourquoi aujourd’hui, je parle plus de différence entre « juger » et « jauger ». Qu’est-ce que c’est le jaugement ? Comme regarder le niveau d’huile dans son moteur, il s’agit d’évaluer les caractéristiques, les compétences et les attentes des êtres et ou objets face à nous : «Est-ce que les outils sont adaptés à leur physique, et leur mentale? (ergonomie)». Il s’agit de savoir si la personne ou l’objet en face de nous est utile/inutile (au projet définis) plutôt que « angélique/démoniaque ». « Est-ce qu’il est possible de construire quelque chose ensemble ? » Cette approche personnelle permet de voir la nécessité de créer des liens. Notre culture définit qui nous sommes et des différences avec d’autres personnes. Aimer tous le monde est un sacré défis, surtout avec 7 milliards de gens sur terre, et encore plus d’êtres vivants. Je ne pense pas nécessaire d’aimer quelqu’un, pour le tolérer dans son environnement, surtout à l’heure où toutes les cultures se mélangent : nous sommes au cœur de la tempête, et quoi de mieux pour l’affronter qu’un équipage soudé et équipé.

Apprécier, observer et juger notre monde est un travail complexe, qui demande du temps, de l’attention. Il y a une différence énorme entre la façon dont nous ressentons le monde et celle où nous interagissons avec lui. Nous avons tous notre façon de l’apprécier mais, cette façon peut changer, voir nous pouvons la modifier. Notre esprit, notre cerveau est un organe recelant encore plein de mystères et il n’y a pas de mode d’emploi pour l’utiliser, tout juste quelques recherches qui évoluent avec les outils développés.
De la différence nait de la richesse, c’est en échangeant avec des esprits étrangers que nous comprenons notre monde intérieur et extérieur, que ce soit par la lecture de livres, l’écoute de nos paires, ou parfois en prenant simplement le temps de ressentir le monde. Je suis toujours le même que celui que j’étais petit, j’aspire aux mêmes choses mais ma perception du monde à changer. Je vois d’autres solutions aux problèmes.

Pourtant je me demande, si je suis le seul à ressentir ça ? Lorsque j’entends les adultes, ceux dont je fais partis aujourd’hui, j’ai l’impression qu’ils ont oublié qui ils étaient enfant. Pourquoi lorsque nous devenons adulte, nous devons agir autrement ? ça repose uniquement sur des croyances, je ne vois pas de raison logiques de changer, si ce n’est pour des impératifs économiques.
La vie est trop courte pour juger les gens, quand on peut passer du temps à apprendre de leur expériences. Ce monde est tellement vaste que quiconque m’est supérieur en un quelconque domaine. (Ernest hemingway)


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