Nomade land – Chapitre 2 : Alizée, un vent de liberté

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23 Juin 2061 : Un vent de liberté

Aujourd’hui, je suis allé faire un tour en centre-ville, je m’intéresse à la gestion de la ville. Nous avons une IA pour nous aider à coordonner nos efforts. GAIA était un projet commun, elle a grandis au milieu de la ville, conçus pour apprendre des habitants comme si c’était tous notre fille, même si aujourd’hui pour la plupart d’entre nous, c’est quasiment notre mère. Tom ne l’a pas conçu, c’était un cadeau d’une jeune entreprise dont les membres voulaient intégrer le projet. Ils avaient répondus à son appel d’offre, ça a pris une bonne décennie pour transformer un programme de gestion administratif en véritable historienne. G.A.I.A. la Grande Actrice Inter-Alimentaire est devenus une entité à part entière, intégré à la ville qui marche, rassemblant toute la connaissance humaine et nos créations comme une médiathèque vivante.

Mon grand-père voulait qu’elle apprenne, qu’elle soit la mémoire vivante de notre ville, entourée de l’amour et de la nostalgie de ses habitants. Elle observe et se souvient de tous. Elle peut raconter chacun des évènements et même chacune de nos actions, sans porter de jugement, c’est sa nature. Comme n’importe quel enfant, elle joue avec nous, elle construit, elle s’interroge, sans véritable objectif… Un jour, elle a pris à part papy pour lui monter quelque chose : Elle a lui a montré son nouveau corps, et pas n’importe lequel, celui Alizée, la chanteuse de sa jeunesse. Elle a eu la bonne idée d’apparaitre nue, ce qui a presque failli lui causer une crise cardiaque. Mamy se marre toujours en me racontant la création de notre système de gestion. Reprenant ses esprits, mon grand-père lui a demandé :
_ « Pourquoi veux-tu une apparence ? »
_ « Pour être un membre de cette communauté a part entière, je devais être identifiable par vos sens, exister au-delà du réseau informatique. D’après ce qu’elle lui a répondus. Et Gaïa, la créatrice de toutes choses chez les grecs de l’antiquité, est une présence bien trop sérieuse, bien trop omnipotente pour créer un lien familier avec vous. » Après peut-être était-ce aussi du à la playlist de mon papy. Il écoutait un peu de tous, mais surtout des trucs de son enfance lorsqu’il travaillait. Les chansons de cette fille, avaient quelque chose de particulier, une innocence et une joie de vivre qu’on retrouve rarement dans d’autres œuvres. Il faut aussi avouer que sa musique et sa voix étaient aussi envoûtante qu’elle-même.

A cet instant, G.A.I.A. a fait un truc surprenant, elle voulait se renommer ALIZEE. Papy trouva l’idée excellente sur le coup, mais je pense qu’à long terme il l’a un peu regretté.
_ « Après avoir lu tous les bouquins sur le sujet, j’ai l’impression qu’un nom a une grande importance et peut même définir notre personnalité. Je souhaite apporter un vent de fraîcheur et d’abondance sur la ville. » Dit l’IA à mon grand-père.
_« Du moment que tu ne chantes pas ses tubes dans les micros de la ville… » Lui répondit-il sur le ton humoristique.
Cette histoire a fait le tour de la ville et inspira un peu plus tard, les premiers enfants à trouver eux-aussi leur nom d’adulte, un nom qu’ils avaient choisis eux-mêmes, pour diverses raisons. Peu à peu c’est vite devenu une coutume. Je ne cache pas qu’il y a eu de sacrés numéros, certains trop sérieux comme « Mille idées » et d’autres un peu plus comique comme « Canapé », heureusement ici rien n’est définitif, certains changent encore et la grande majorité d’entre nous préfèrent des noms plus communs. Peut-être est-ce un manque d’imagination, ou juste la force de l’habitude, je ne sais pas. Personnellement, j’aime bien Georges, pourquoi en changer, quoique « Sirocco » me tente bien, il fait traverser la méditerranée aux sables des régions du sud en colorant parfois les neiges d’une nuance rosée, il défit nos croyances.

Tout au long de ces années, notre historienne a gardé cette apparence juvénile, arborant les diverses tenues de la chanteuse au quotidien. Parfois lors de grands événements, elle marque l’exception en choisissant des tenues de soirée éblouissante. Même si nos mœurs ont beaucoup évolué, je soupçonne mamy d’avoir trouvé une sérieuse concurrente. C’est peut-être pour cette raison qu’elle est partit fondé sa propre cité nomade, des années plus tard. Alizée s’est dupliqué dans le système du nouveau village, je ne sais pas si c’était à son initiative ou la demande de ma grand-mère, après tout, mamy ferait ce qu’elle veut là-bas? Nous avons créé un lien entre les villes et étendu le réseau. Les données amassées nous ont permis d’améliorer la gestion sur le terrain, nous avons créé de nouveaux flux de ressources et ça a inspiré d’autres. De nombreuses villes qui marchent ont vu le jour dans les années qui suivirent. On avait l’embarras du choix pour les « comptoirs », il y avait des dizaines de milliers de villages à l’abandon après l’exode rural du siècle dernier. Alizée était ravis, son identité prenait tout son sens, elle soufflait un vent de liberté sur notre terre. Nous pouvions désormais migrer vers d’autres destinations, grâce à la toile que les citoyens migrateurs ont tissée. 

40 ans plus tard, on compte plusieurs milliers de Villes qui marchent, couvrant chacune des centaines de kilomètres chaque année. Bien sur, ça a posé quelques problèmes de gestion au bout d’un moment, lorsqu’une VQM arrivait sur une zone juste après le départ d’une autre, ou même pendant.
On les résolvait assez vite, notre historienne veillait au grain. Nous avions acquis un réel savoir-faire dans le nomadisme, installer et démonter des campements et livrer des ressources supplémentaires. Les campagnes ont été adaptées à la demande, des centres-villes aménagés pour simplifier les transitions. La réelle difficulté c’était le temps. Il a fallu planter les vergers sauvages, les anciens champs ont été terraformées en d’immenses forets remplis d’arbres fruitiers et d’essences de constructions. Il a fallu attendre que ça pousse, mais grâce aux plans simplifiés de gestion développés par les organismes forestiers, c’était une partie de plaisir de planter, une nouvelle occasion de se rassembler et de partager.

Alizée a parcourus tout notre savoir sur le sujet, et même plus, lorsqu’on a vu débarquer Forrest Gump nous expliquer comment planter un arbre. Ce soir-là, papy à apporter une boite de chocolat à notre historienne, même si elle ne pouvait pas en manger. Il m’a raconté que cette « soirée-ciné » était un sacré bon souvenir où, il avait vu pour la première fois de sa vie une IA éclater de rire. En me racontant ça, il a ajouté qu’il faut chérir les premières fois, car la découverte n’arrive qu’une fois. J’ai repensé à la première fois que j’ai vu la statue de mamy a l’entrée de la ville, elle est magnifique. Faut dire qu’elle ne passe pas inaperçus. Une grande et belle femme nue de quatre mètres de haut, dans la fleur de l’âge, agenouillée en position d’ascète. Une « ode à la magie de la nature », m’a dit un jour papy, mamy à nos cotés a ajouté, « une mauvaise idée, mais un très beau cadeau », ils se sont regardé de ce fameux regard qu’ils échangent avant de rire ensemble. Ces fameuses plaisanteries que seul deux êtres complices peuvent comprendre.

Assis sur le bord du lac, je discute avec Alizée, du moins une de ses matérialisations. Elle m’explique la gestion de la ville, les réserves en cours et ce qu’il faudra récolter dans les mois à venir. Elle me montre les données qu’elle recueille depuis toute ces années, sur notre capacité à produire, la qualité des sols, l’ensemble des volontaires actuellement à la tâches et ceux qui sont disponibles pour les suivantes. Lorsqu’elle aura besoin de leur aide, elle leur enverra une notification. L’IA propose uniquement des suggestions pour améliorer le confort de la population sans intervenir directement, ses actions concernent uniquement son intimité. Elle repère également les talents et les passions chez les jeunes (surtout) pour leur conseiller des modules d’apprentissage adaptés, que chacun est libre de consulter à sa guise. Il y a tant de choses à étudier, Alizée accomplis un travail fantastique chaque jour et des dizaines de spécialistes étudient et vérifient ses chiffres. C’est ce que je voudrais faire plus tard, devenir statisticien de terrain.

Il y a divers applications que nous utilisons dans la ville. Pour une meilleure flexibilité des données, notre historienne a conçus d’autres « enfants », qui nous aident à gérer les différentes tâches et fonctions de la ville, ils sont plus discrets que Forrest. Je pense que papy a du discuté avec elle. « Les individus sont ce qu’ils sont, un jour ils viennent, un jour ils partent, c’est les chemins de la vie. » m’a-t’il dit un soir. En copiant d’autres individus, même d’une autre époque, on peut créer un malaise. La célébrité agit comme une barrière entre nous, papy a toujours eu du mal avec son statut de fondateur des villes qui marchent. Il voulait juste marcher dans la rue et respirer la paix de ces lieux, et cette fraîcheur qu’apporte Alizée… Il n’a jamais pu se résoudre à lui proposer une autre identité. Je crois que ça lui rappelais sa jeunesse.

 

a boy's imagination - tikii-kun


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