Nomade land – Chapitre 3 : Les fruits de la connaissance

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24 Juin 2061 : Les fruits de la connaissance

Hier, j’ai parlé de la statue géante de mamy, cette « ode à la magie de la nature ». C’était une étape importante de la jeunesse de Papy, une phase d’intense créativité inspiré par la fusion de la liberté et de l’amour. Un soir, il m’a dit que dans sa jeunesse, il n’avait pas vraiment d’imagination, il se contentait de découvrir le monde, il le trouvait déjà bien trop complexe et fascinant pour pouvoir en imaginer d’autres. En grandissant, les découvertes ont perdus de cette magie et la réalité est devenue terne. Trop de procédures, trop de contrôle sur nos vies, la recherche était devenue mécanique, soufflant la curiosité. Mon grand-père s’était imaginé qu’en grandissant il pourra plus facilement communiquer avec ses pairs et pourtant, plus les ans passait et plus il se posait de questions. Parfois il se sentait trop vieux pour son époque, et le plus souvent, il se sentait trop jeune.

Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce paradoxe. J’ai souvent cette idée en tête lorsque je créer des sculptures, il m’a transmis cette passion. Le touché est un sens fascinant, avec le regard on peut percevoir énormément de choses, mais ça reste toujours superficiel. Papy me disait qu’on oublie souvent le temps et les moyens qu’il faut pour construire une œuvre, alors qu’avec le touché, on peut sentir intimement les courbes, sentir une matière prendre forme contre sa peau. On perçoit mieux la force nécessaire pour lui donner corps, autant que sa fragilité. Papy pense que la sculpture est un excellent art pour apprendre à se mettre à la place de l’autre. Personnellement je trouve qu’il donne aussi un regard superficiel sur notre entourage. En modelant l’argile, on trace naturellement des courbes harmonieuse, des courbes absente chez certains. « Tout est relatif » me dit souvent papy avec humour, plus pour esquiver le débat qu’autre chose. Papy aimait énormément de choses, mais il aimait mamy au-delà du temps et de l’espace. Lorsqu’il a sculpté son corps, il voulait montrer plus que sa beauté, il voulait montrer son énergie. Il souhaitait que cette sculpture devienne le symbole de la créativité. Son projet prenait du sens mais il lui manquait l’élément le plus important : le cœur de la ville, l’imagination des gens. Pour construire le futur, il faut les moyens de le rêver.

Il y a quelques années papy m’a posé cette fameuse question :
_ « Pourquoi créons-nous des villes ? »
Cette question en apparence banale était le prélude à un long dialogue qui me fait encore réfléchir aujourd’hui. (J’active une vidéo dans l’holoconférence) :
_ « En tant qu’être humains, nous pourrions construire n’importe où notre maison, pourquoi les construisons-nous les unes à cotés des autres ? Est-ce pour créer un climat de sécurité ? A travers une culture commune et une structure, nous nous protégeons des prédateurs et du climat. Avec la sécurité, nous générons de la confiance qui nous permet de créer de la richesse, pas seulement économique mais aussi sociale. En rassemblant des ressources, des gens et des idées, nous élaborons des projets qui répondent à nos problèmes actuels. Autant les dangers de l’inconnu spatial que mentale. Une ville a pour but de nous rendre plus fort ensemble, elle renforce notre corps et notre esprit. Elle permet de transformer les idées volatiles en informations solides, voyageant au gré des routes et des voyageurs.
Nos besoins n’ont pas changé depuis la préhistoire, mais les solutions pour y répondre sont devenues innombrable, autant que les gens pouvant y contribuer. Notre expansion rapide, a aussi créé de nouveaux dangers, la nature a reculé et l’accès à la nourriture est devenu plus compliqué, entre nos murs. La chasse nourricière s’est transformé en pillage des voisins et le pillage est devenue un art pour détruire les villes adverses, une science pour créer de la sécurité : la guerre. Aujourd’hui on se demande si la sécurité doit se faire au dépend de nos rêves? Et s’il y avait une autre manière de se protéger ? » J’ai regardé mon grand-père, son regard perdus dans l’horizon couchant.

_ « Laquelle ? »
_ « Tu vois ces structures au loin, ces immeubles, ces convois, cette forêt fruitière… Nous avons fait la preuve de notre intelligence, rien de neuf, et pourtant je me souviens de tous ces gens travaillant ensemble à bâtir ce chef d’œuvre. Ce sont des siècles d’innovations. Et pourtant malgré ça, nous connaissions encore la guerre à mon époque. Pourquoi est-ce si difficile de créer cette confiance avec les autres ?
Qu’est-ce qui fait réellement la différence ? Nos valeurs ? Nous aspirons aux mêmes choses. Elles sont l’évolution de nos besoins, la conscience des difficultés à les résoudre. Chacun d’entre nous vit dans un cadre différent, avec des capacités, des ressources et des aspirations différentes, qui façonnent notre perception des valeurs : nous créons des croyances autour d’elle. Nous racontons des histoires à nos enfants pour leur transmettre. Connais-tu Jason, ce jeune grec partis chercher la toison d’or ? »

_ « Oui. »
_ « Chacun trace son propre chemin, mais « nous voulons tous aller à Rome », pour reprendre le vieux dicton. Certains chemins se croisent, certains sont plus longs que d’autres. Autrefois nous pouvions choisir de travailler aux champs, creuser la terre ou piller le fruit des autres. Même protégés dans des forteresses, avec un peu d’astuce, le dernier choix était souvent une évidence, toutes ces richesses réunis dans un unique lieu. Encore récemment, il était tellement difficile de coopérer à des entreprises, réunir les moyens pour commercer, que la force physique restait un bon moyen de subvenir à ses besoins. Aujourd’hui avec la technologie, avec l’automatisation, nous faisons un bon social prodigieux ! Nous pouvons changer cette logique moyenâgeuse du « travail de la terre » acharné. Il y a tellement de tâches simple et répétitives qu’on peut déléguer à des machines. Il y a tellement d’astuces pour rendre notre travail plus efficient. C’est toute notre société qu’on peut repenser. Nous avons une chance de combiner nos muscles à notre esprit pour trouver l’inspiration.»

_ « J’aime bien cultivé des légumes papy, est-ce que nous avons besoin de toutes ces machines ?… »
_ « Tu as raison, fiston, même sans l’automatisation, les progrès dans les autres domaines nous offrent la patience de faire les choses beaucoup mieux, la qualité du travail réalisé est d’autant plus gratifiant. En plus de la fierté qu’on éprouve à manger des produits bon et sain, imagines-tu les couts de productions que nous avons supprimé, tout ces produits qu’on s’acharnait à rechercher et fabriquer pour protéger nos récoltes ? Le temps perdus à transporter les aliments dans les usines pour les cuisiner à notre place. Notre état de santé s’améliorant, il y a eu d’autres conséquences. Je me souviens qu’à l’époque ça a été une révolution industrielle. Dans certains secteurs, les industries ont du adapté leur méthodes, certaines ont diversifié leurs activités, et d’autres ont même fondé leur propre ville qui marche, se spécialisant dans l’exportation de certaines ressources.
La construction de nombreuses serres de type « earthship » autour des comptoirs, combiné à notre connaissance des sols et du vivant, nous a permis de produire en abondance tout au long de l’année, même en hiver, à proximité. C’était un premier pas vers la fin de la famine. Regardes, aujourd’hui il te suffit presque de te baisser pour avoir à manger quand tu le souhaites. L’histoire l’a prouvé, il n’y a plus d’intérêt à faire la guerre, les dernières poches de conflit à mon époque étaient situées dans des « zones sous-développées », et j’insiste sur le terme « développé ». Simplement un manque d’éducation, de moyens pour créer les infrastructures de bases. Je ne parle pas ici de transmettre nos valeurs, il ne s’agit pas d’une inquisition, mais plutôt de nous éveiller à la complexe beauté de ce monde. Peu importe ce que chacun en fera, l’important c’est de pouvoir travailler ensemble à réduire nos besoins, pour se consacrer à ce que nous sommes au fond de nous-mêmes. Peut-être sommes-nous des artistes, des athlètes, des chercheurs, ou simplement de bons vivants, surement un peu de tout ça à la fois, et si nous étions simplement des passionnés ? »

_ « … » Je ne suis plus trop sur qu’à ce moment papy était encore conscient de ma présence, jusqu’à ce qu’il me donne un coup de coude enthousiaste.
_ « Imagines le monde si nous réalisions tous ensemble notre rêve personnel pour le rassembler en un vaste projet collectif ? Les solutions existent, c’est certain, tous ce qu’il manque c’est la volonté, et peut-être un brin de folie. En fait ce qui nous manque surtout, c’est le lien entre nous. Tu veux des preuves ? Regardons un instant autour de nous, les projets les plus ambitieux. Qui les a construits ? Même Léonard de Vinci n’aurait pas pu construire une fusée seul, enfin pas en une seule vie, peut-être si il avait eu des siècles devant lui. Ne serait-ce que pour rassembler les connaissances nécessaires, entre le calcul de la trajectoire, l’extraction des matériaux, la fabrication des pièces et leur assemblage… C’est un véritable ouvrage de titan et un exploit scientifique.
Voila pourquoi l’éducation doit être au centre de ce nouveau mode de vie. Cette ville a été bâtit autour de «l’arbre des connaissances». Mais le cerveau est une petite chose capricieuse, mon petit, tu as commencé ce module ?
_ « Pas encore, je verrai ce soir. Actuellement Je parcours l’histoire et plus particulièrement les cités mésopotamiennes, les origines de l’occident. »
_ « Un chouette sujet ça, surtout le code d’Hammourabi. »
_ « La plus ancienne constitution connut à ce jour, il me semble, écrite par un roi de Babylone du même nom. »
_ « C’est ça. Pour comprendre notre mode d’éducation, il faut comprendre la psychologie humaine. Le cerveau est un outil fascinant, il est similaire à un chewing-gum. En le travaillant régulièrement on peut façonner son « corps » mais lorsqu’on le laisse, peu à peu il se rétracte sur lui-même. Notre cerveau est conçu pour nous simplifier la vie dans un monde extrêmement riche. Il va analyser ce qu’il perçoit directement et trouver la solution optimale à la situation, en fonction de nos connaissances et de notre émotion du moment. Lorsqu’il est constamment en alerte, il devient extrêmement attentif à son environnement. A l’inverse, si on le plonge dans le confort, il ignore de plus en plus de chose autour de lui, négligeant certaines fonctions intéressantes. Au cours des derniers millénaires nous avons créé un monde dont les règles sont purement subjectives, échappant totalement à la logique circulaire de la nature. Pour survivre, nous avons développé notre conscience, notre capacité à voir le passé et imaginer le futur. Aujourd’hui, il est vital de se projeter dans l’avenir, de nombreux avenirs. Réagir à l’instant présent est insuffisant. Il nous faut anticiper les possibilités et offrir des opportunités, à nos enfants, mais aussi à nous-mêmes. Quand j’étais jeune, je rêvais de la « conquête de l’ouest », tous ces gens partis à l’autre bout du monde pour fonder des villes, presque sans rien, surtout avec de l’espoir. Je ne devais pas être le seul, en grandissant, j’ai assisté à la création de nombreux villages « utopiques », tout autour du monde. Des beaux projets mais il manquait toujours un truc, à mon sens. Ces villages étaient créés en réponse à la situation présente, en découvrant un environnement et un climat intéressant, délaissant une région maternelle, comme une sorte de fuite. Chez nous, il y avait des milliers de villages à l’abandon, souvent avec un certain charme. Peut-être y avait-il trop peu de gens, ou trop de lois pour construire ici? Notre économie de l’époque n’y trouvait pas sa place. »

_ « Un jour, j’irai à la rencontre du monde, je ne sais pas combien de temps. Je ne sais pas si j’aurai pu le faire sans tout ce que m’a apporté la ville qui marche. » Lui dis-je, plongé dans mes pensées.
_ « Moi non plus, c’est pour ça que la première m’a pris tant de temps à construire. Toutes ces utopies, il leur manquait un facteur essentiel : la psychologie des générations, la transmission de la mémoire. On aura beau mettre toutes les infrastructures du monde, même les plus adaptées, on perdra inévitablement leurs fonctions si les enfants ignorent à quoi elles servent, comment les respecter. L’éducation est la clef d’une société en mouvement, à la fois dans le temps et l’espace. J’ai mis longtemps à comprendre que pour créer une harmonie, il faut un lien puissant entre les jeunes et les vieux, aussi fort qu’entre les hommes et les femmes. L’imagination doit nous porter aussi haut que l’amour, chaque idée est comme un enfant qu’on chérit, parce qu’au fond les idées c’est tout ce qui nous restera à la fin… Ou au commencement d’un nouveau monde. Ainsi plutôt que d’instaurer un bon timing pour éduquer les enfants, comme à mon époque, il était plus simple de créer un climat de confiance, un lieu où chaque parole prend son sens, même la plus abstraite…»
J’admire une dernière fois le regard vague de mon grand-père, perdu dans l’immensité de la nuit étoilée, avant de fermer l’holoconférence.

La « ville qui marche » devait offrir à chacun le temps, l’espace, la connaissance, et la santé pour réaliser ses projets. C’était plus qu’un désir, en 2020 c’était une nécessité. La possibilité d’avancer à son rythme en choisissant quand on le veut, ses matières et participer aux groupes d’études, était l’essence d’une génération de génies, d’après mon papy. Chacun avait la possibilité d’apporter sa brique au grand mur historique de l’humanité, et même de la Terre. C’est la possibilité que nous offrent les technologies de communications au début de ce siècle. Nous n’avons plus besoin de nous réunir ensemble, dans un lieu austère, pour écouter quelqu’un parler. Il est devenu superflus d’essayer de suivre ses idées et le reste de la classe, nous pouvons nous spécialiser dès le début. Cette spécialité nous amènera naturellement à comprendre d’autres domaines, pour prendre l’ampleur de la situation. Imaginez cette violoniste, jouant des accords à fendre l’âme sur ces cordes en crin de cheval. Elle apprend à maitriser la vibration de l’air entre ses doigts, la façon dont le son se propage autour de nous, mais aussi comment il est interprété par notre cerveau… Tout son art réside dans sa capacité à manipuler nos émotions, autant que la matière. Le savoir sous toutes ses formes, tous ses domaines, de la logique à l’artistique, en passant par la philosophie, est distribué en différents modules, distingué en dix niveaux de difficultés.

Lorsqu’on ouvre l’application, on voit un vaste diagramme semblable à un arbre, dont chaque branche nous amène à des bulles sélectionnable. Chacune d’elle est une spécialité en fonction du niveau des modules. Le premier niveau (le niveau « zéro ») regroupe les modules de bases nous permettant d’accéder à la connaissance : « lire », « écrire », « compter », « dessiner », « mémoriser », « ressentir ». Le dernier niveau rassemble les spécialités les plus aboutis dans chaque domaine, des conférences et des interviews des plus éminents experts. Notre savoir actuel rassemble une vaste quantité de connaissances, même si il a été pas mal épuré à travers les cours disponible. Chaque module comporte des vidéos de différents professeurs avec chacun sa propre méthode d’apprentissage et sa personnalité. Ainsi nous pouvons choisir celui ou ceux qui nous semble les plus adaptés. La méthodologie peut diverger mais tous on le même objectif, acquérir un maximum de connaissances du module. Lorsqu’on maitrise les bases, on accède au module suivant, avec la possibilité de le reprendre à n’importe quel moment pour renforcer ses acquis. Les exercices et les expériences sont disponibles en réalité virtuel, voir pour certains, même sur le terrain. « L’arbre de la connaissance », nom plus ou moins symbolique donné à cette technologie, est à disposition de tous, à n’importe quel moment sans que quiconque soit obligé de le suivre. Régulièrement des ateliers, ou des conférences sont organisées pour éveiller la curiosité des habitants. L’esprit humain est le plus fascinant des voyages, ensemble ou en solitaire, c’est une expérience qui mérite d’être vécus pleinement. Une communauté forte doit avoir des individus forts spirituellement, qui comprennent aussi bien ce qu’il y a l’intérieur d’eux qu’à l’extérieur.

J’avance beaucoup en Histoire, j’aime découvrir les aventures de nos ancêtres, la manière de communiquer entre les peuples, notre langue française est un outil aussi intéressant pour ça. Je maitrise déjà les modules 4. A l’occasion j’aime explorer les modules artistiques et notamment la sculpture. Je me garde le module suivant pour un gros projet. Par contre j’ai énormément de mal en mathématique, le niveau 3 et ses équations à deux inconnus est un enfer virtuel. En ce qui concerne la biologie, je m’en tire pas trop mal au module 4 grâce au printemps. J’ai pu traiter certains sujets sur le terrain, en intégrant les équipes des agronomes. L’avantage du système c’est que je peux le consulter n’importe quand, parfois je me lève à 3h du matin. Inspiré, j’ouvre l’holoconférence et je suis mes cours. Parfois je fais même dix heures d’affilées. J’ai aussi la possibilité de poser directement des questions au professeur, via sa messagerie, pour éclaircir un point. Certains jours, je me concentre sur des projets particuliers, je n’y touche pas du tout. D’après le module « mémoire », il est quand même conseillé d’y jeter un œil régulièrement pour renforcer ses acquis. L’avantage c’est que je peux consulter l’arbre n’importe où, dans une salle comme dans l’herbe verte. J’évite cependant de le faire dans le lit, car c’est un endroit pour se reposer, ça permet à mon cerveau d’identifier inconsciemment le moment idéal pour étudier, en changeant d’endroit.

Les trois premiers niveaux sont des modules de découvertes. Du trois au six ce sont les modules communs conseillé à tous d’étudier. Au-delà, du sept au neuf, ce sont les spécialités qui nous permettent d’effectuer des taches spécifiques sur le terrain. Ils prennent beaucoup de temps et d’énergie. Certains citoyens s’arrêtent au niveau six et répondent simplement aux tâches communes demandé par Alizée. D’ailleurs elle a conçus un « enfant » pour nous aider à repérer les cours les plus intéressants et les profs les plus stimulant, il observe nos choix aux quotidien et repère nos affinités. Grâce à « G.E.O. » (Guide d’Etude et d’Orientation) nous pouvons avancer facilement dans la voie qui nous inspire, rapidement et avec méthode. Il peut envoyer une liste de suggestions sur notre messagerie lorsqu’on active son aide. La plupart d’entre nous choisissent un domaine d’études et pour les plus curieux, plusieurs. J’ai un ami comme ça, je le croise souvent assis sur la colline, parfois assis sur une branche, consultant son holoconférence. Il passe quasiment toutes ses journées à apprendre, partageant son temps entre la recherche et le bricolage. Il est toujours dispo pour m’aider à mettre à jour mes appareils, ce qui est loin d’être mon fort. C’est un hypermnésique, il a une anomalie très rare du cerveau. Sa mémoire stock les données différemment, un peu comme un disque dur, moins basé sur l’émotionnel comme la plupart des gens. Il retient énormément d’informations chiffrées très facilement mais c’est pas un grand bavard. Je crois que c’est ce que j’aime bien chez lui, il ne parle que quand c’est nécessaire. Jai surement hérité ça de mon grand-père.

Vers 2010, les réseaux sociaux se sont fortement développés. La création et l’accès à l’information a connus un grand tournant. Les professeurs se sont mis à enregistrer les cours, puis à les monter en vidéo. Des inconnus se sont pris au jeu, consultant internet, ils ont filtré les connaissances en de nouveaux types de cours. La pédagogie est devenue ludique et numérique. Les professeurs n’avaient plus besoin de rester dans leur salles, ils n’avaient plus besoin de répéter chaque année, leur enseignement à une nouvelle génération d’étudiant. Le temps et l’énergie gagnés permet de se concentrer sur l’essentiel. Les holoconférences étaient mis à jour régulièrement et même interconnecté, chaque savoir pouvait amener à d’autres savoirs, de domaines différents. D’ailleurs parfois ces liens peuvent nous empêcher de suivre correctement notre progression… Il y a eu même des holoconférences pour résoudre ce problème. En fait, il y en avait pour tous les aspects de la vie en 2020, on pouvait enseigner même la chose la plus anodine. Nous avons sous-estimé énormément la connaissance et de nombreuses qualifications ont été créé, des services aux personnes, des ateliers, des conseils, voir simplement des réflexions. Faut dire qu’à la base sur le réseau, c’était essentiellement des tuto-maquillages ou de la pornographie, avant que la vulgarisation scientifique devienne un vrai hobby. Lorsque mamy m’a dit ça, j’ai eu du mal à la croire mais à cet instant, elle a eu un regard étrange. Je la soupçonne d’avoir participé à cette mode, mais comment lui en vouloir, c’était une femme du monde, à la pointe du progrès… Pas comme papy, lui qui a attendu 28 ans pour avoir un téléphone connecté. Quelle famille de fous, mais de sacrés fous, je les aime bien mes grands-parents, je souhaite à tous d’en avoir des pareils.

Ils m’ont enseigné le fondement de la ville qui marche : « la vie est un apprentissage », chaque savoir nous rends meilleurs vis-à-vis de nous-mêmes et des autres, tout en gardant à l’esprit que l’ignorance est tout autant nécessaire. Elle permet de se concentrer sur l’essentiel. Chacun avance à son rythme, tant qu’il aime ce qu’il fait, il ne peut que devenir bon. Papy m’a répété ce que lui a dit un jour un de ses mentors :
_ « Pour apprendre à écrire, écris une histoire par semaine, pendant un an. A la fin t’auras 52 histoires, elles seront surement mauvaises, mais dans le lot tu en auras forcément une bonne. »
Et c’est en le partageant qu’on devient encore meilleur. Il ne s’agit plus d’enseigner, il s’agit de transmettre son expérience, sa passion :
_ « On devrait tous passer un tiers de son temps avec ses mentors, un tiers avec ses élèves et un tiers avec soi-même » a dit un grand sage dans une holoconférence.
La révolution la plus importante à été «la sagesse de l’âge » à mon humble avis. Le regard d’un enfant avait pris autant d’importance que celui d’un vieillard… Nous ne nous soucions plus des rides sur nos visages ou la faiblesse de nos mains pour entendre un bon conseil. La pédagogie numérique a permis à de nombreux séniors de suivre le monde en marche, alors que des jeunes allaient à leur rencontre pour écouter leurs histoires et partager leurs expériences. Le savoir dépassa les frontières physiques et temporelles. En quelques instant, chacun pouvait découvrir le monde, répondre à un besoin… Malgré ça, papy avait toujours autant de mal à enfoncer un clou dans une planche, et ça faisait bien rire mamy, comme quoi, toute la théorie du monde ne vaut pas un gramme de pratique.

 

 

parabolic vehicle of conception -corpuscallosum (deviantart)


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