Nomade land – La ville qui marche : Chapitre 1

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21 juin 2061,

Je m’appelle George Legaucher, petit fils du fondateur des citadins migrateurs. Nous sommes les enfants de la « ville qui marche », un nouveau mode de société axé sur l’accès aux ressources via le voyage plutôt que le transport. La ville qui marche n’est pas un mode de vie, c’est une expérience sociale, un tremplin vers l’avenir qui pousse les nouvelles générations vers leurs rêves les plus fous et les plus audacieux. J’écris ce journal pour les intéressés, pour mes grands-parents vivant au début de ce siècle… Construisez l’avenir avec confiance, pourquoi douter du potentiel humain ? Nous avons la technologie, mène à votre époque. Nous avons juste besoin de volonté, même d’un bon coup de pied aux fesses comme dirait mamy. Cela faisait toujours sourire papy, il me disait lorsqu’elle était loin, qu’elle savait de quoi elle parle. Il aurait pu rester un homme du monde, un anonyme dans la foule, un salarié dans l’usine, oubliant son rêve, cette envie dévorante de construire une ville où trouver la sérénité. Il était comme ça papy, un type simple, pas adapté à son époque, il a essayé mais il s’ennuyait tout le temps. Chaque fois qu’il trouvait des réponses, il avait encore plus de questions. Il n’avait ni le temps, ni la volonté de les chercher, papy ce qu’il aimait, c’était écouter les autres. Quand il parlait, il mettait toujours les pieds dans le plat, ça l’amusait, mais ça le faisait pas beaucoup avancer dans la vie.

Je crois que c’est ce coté un peu maladroit et naïf qui a plut à mamy. Une femme d’action. Ils se sont rencontrés au milieu d’un champ, au milieu de la foule, deux anonymes pleins de rêves, complètement opposés… Elle est apparue soudainement en face de lui, un panier de légumes frais et gourmand à croquer, avec son sourire angélique. Il a regardé le panier, puis il plongé dans son regard, perplexe. Elle lui a dit :
_ « c’est vegan ».
Il a répondu :
_ « le veganisme est une aberration », d’un ton froid.
Elle l’a giflé aussi froidement.

Ils se sont regardés un moment puis ont éclaté de rire. Elle avait compris que derrière cette phrase maladroite, il y avait un profond raisonnement murement réfléchis. Elle a voulus en savoir plus, et lui admettait qu’il avait un petit creux, alors ils ont discuté. Et c’est ainsi qu’ont vu le jour les premières fondations de la « ville qui marche ». Je crois que c’est ce jour-là que la vie de mon grand-père a pris du sens. Il aime me raconter son histoire et l’Aventure de mamy. Cette relation n’a pas duré, du moins pas comme on imagine l’amour à votre époque, deux êtres épris de liberté avaient du mal à rester trop longtemps dans la même pièce. Chacun a continué sa vie, n’arrêtant pas de se croiser autour du monde. Mamy a fondé sa propre ville, alors que papy huilait les rouages de la machine encore et encore, jusqu’à cette aventure que je vous partage et que j’apprécie, tout à la fois riche et simple.

Aujourd’hui c’est le premier anniversaire du départ de Tom Legaucher. Mort ? Il a juste pris sa retraite, loin du monde et des gens, parfois il m’appelle et nous discutons, parfois toute la nuit. On parle du passé ou du fonctionnement de la ville et du monde d’autrefois. Au fond je pense que papy est un solitaire, mais il n’a jamais été très doué pour ça. Il a construit un monde à son image, où chacun peut vivre à son rythme, plus ou moins proche des autres, malgré l’amour qu’on leur porte. Il a redéfinit le mot « tolérance ». Pourquoi se battre pour des principes quand chacun peut avoir sa hutte, vivre au milieu de ceux qui nous ressemblent ou nous complètent ? Mamy était comme ça. Elle a brisé sa hutte et l’a remplit de couleurs, elle a donné vie à des mythes qu’il avait presque finis par oublier. Il rêvait de grandes étendues sauvages à côtoyer, elle voulait juste s’amuser. Tous les deux souhaitaient ne plus avoir peur du lendemain, alors ils ont parlé longtemps d’hier, savoir ce qu’il fallait améliorer. Ca a commencé par compter les nuages dans le ciel, puis les arbres sur terre, les voitures sur la route, les immeubles dans la ville, et tout un tas d’autres trucs…

Il y avait tant de choses à faire, papy avait des chiffres plein la tête, mais comme des tonnes de projets avant, il ignorait par où commencer et il faisait des plans sur la comète.Mon grand-père le savait, alors il a creusé la question. Il savait que d’autres gens avant lui avaient trouvé des solutions. Peu importe le temps qui passe et l’étendue de nos connaissances, nous répétons les situations en boucle, le monde change, pas ses lois naturelles, il y a des constantes, comme le cycle de l’eau et celui de la digestion : « ce qui rentre, doit ressortir, sous une forme ou une autre. » « Il doit y avoir un équilibre entre la production et la consommation. » Papy disait que dans sa jeunesse, tout le monde se battait pour mettre en avant ses valeurs, sans se douter que nous percevons tous ce monde de façon si différente. Le monde devait être pareil pour tous, creusant les inégalités, on disait que l’avenir appartenait à ceux qui se levaient tôt, mais l’avenir, il était pas rose-rose…

Aujourd’hui, ma génération se délecte des films des années 2000, bardés d’effets spéciaux pour améliorer l’effet des destructions. Ah ça à l’époque, on aimait bien les explosions, les morts, les fins tragiques, on a même finis par inventer une science, m’a dit un jour papy. « La collapsologie », l’anglais nous faisaient rêver, même si mon grand-père déjà sourd à l’époque, avait toujours peur que les vegans lui fassent passer une coloscopie. Avant de rencontrer mamy, il se perdait en longue discussions, jusqu’à en voir toujours les mêmes arguments. Il a renoncé à débattre, il repensait à ce qu’un mec lui avait dit un jour entre deux livraisons :

« Il n’y a pas de problème, que des solutions. »

Et c’était ça le truc qu’il cherchait depuis tant d’années : tous ces gens qui veulent sauver la planète, ils ne proposent RIEN, au mieux ils ne font que réagir. Quand cherchent-ils à comprendre ? Tout leur discours s’appuie sur le travail des autres, des années de recherches réduit à une argumentation autour de l’apéro. Il fallait de vraies solutions. Papy a découvert tout un monde d’initiatives au cœur des capitales, des gens de tout âge transformaient déjà l’économie depuis des années. Des solutions il y en avait plein, mais il manquait toujours un truc. Une difficulté que mon grand-père connaissait bien : la communication. Une idée c’était chouette, mais il fallait en faire un message, porteur d’espoir, d’envies, de joie. Il n’avait pas peur de l’avenir. De tous temps les humains ont trouvé des solutions, même après la famine, la guerre et la peste, les humains se sont adaptés. Papy craignait les prophéties autoréalisatrices, même à l’ère de la science, il savait à quel point nous sommes influençables, lui le premier. Il avait vu son esprit changer avec les années qui passent, et le décor de sa vie. Les autres suivaient le même chemin.

Lui il se demandait juste pourquoi, « Pourquoi on bois, on fume, on se drogue,… » « Pourquoi on aime, ou on aime pas ? » « Pourquoi on peut pas tout aimer ? » « C’est quoi l’amour ? » Y a pas à dire, mamy, elle lui avait mis un sacré coup de pied au cul. A 29 ans, il vivait encore chez ses parents, il n’aimait pas particulièrement ça mais il ne savait pas faire autrement. Il était allé à l’école, découvrir les empereurs et Babylone, mais jamais il n’a apprit comment. Comment devenir roi. Comment créer un royaume. Pourquoi devenir roi ? Au fond, tout ce qu’il voulait c’était un petit bout de terre de sérénité. Alors il l’a imaginé, d’abords sur le papier, puis il a cherché, comment le corriger, comment faire rêver.

 

Joie de vivre

(Image: Inspiré de Mr.Mondialisation – auteur: inconnus)


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