Oublier pour vivre

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Il y a longtemps je m’intéressais à l’hypermnésie, j’étais fasciné par la puissance de la mémoire, le fait de se souvenir de presque tout, pas seulement notre vie, mais aussi celle des autres… Devenir un témoin de l’Histoire, d’une histoire, de son histoire.

Il y a quelques personnes dans le monde qui ont cette particularité, ils ont tellement de souvenirs qu’ils peuvent regardé leur passé comme si on allumait la télé. Cela peut aussi toucher d’autres personnes concernant des épisodes précis de leur vie, à plus petite échelles (mais tout aussi intense émotionnellement), c’est ce qui arrive pour les témoins de guerre avec le syndrôme de stress post-traumatique. Notre mémoire fonctionne différemment de celle d’un ordinateur, beaucoup plus complexe qu’un simple stockage des données, elle créer des liens entre des éléments clefs de nos souvenirs, des couleurs, des formes, des noms, des textures, des odeurs, des sons, des associations de tout ça…Notre mémoire est d’abord lié à nos sens et les émotions qu’ils engendrent. Un évènement anodin, surtout lorsqu’il se répète sera envoyé dans les abimes de notre mémoire, mais si dans cet évènement, il y a quelque chose qui attire nos sens, voir qui les traumatise, alors cet évènement va devenir une référence dans notre esprit. je ne me souviens pas de toutes les fois où j’ai pris le métro mais je me souviens de celle où j’ai croisé cette fille qui a attiré mon regard et avec qui j’ai pu échanger quelques mots, même si cela était bref, l’émotion engendré était intense.

 

Aujourd’hui je comprend, après avoir passé tant de temps à regardé la télé que j’ai oublié de regarder beaucoup de choses au-delà, le monde est si vaste et notre corps si petit. Une personne racontait son histoire, elle avait accumulé tellement de souvenirs en 30 ans, qu’elle passait plus de temps à se projeter à l’intérieur de sa mémoire, qu’a imaginé le futur. Elle avait perdus la conscience du temps qui passe et avait beaucoup de difficulté à construire des projets, rencontrer des gens. L’ensemble de ces instants du passé titillaient les sens, beaucoup de moments, même anodin deviennent marquant, chaque élément peut évoquer un souvenir. Nous avons besoin d’oublier, nos souvenirs sont enfouis, ils ne disparaissent pas vraiment, seulement le lien qui est fait avec notre conscience, comme perdre la référence d’un livre dans une bibliothèque. Je me demande si ce n’est pas comme cela que naissent les idées, lorsque nous observons un détail de notre présent, notre esprit sent une comparaison et va chercher le souvenir, puis il tombe sur d’autre choses qui ont un lieu plus ou moins direct… C’est un peu comme faire une recherche sur google ou youtube, les algorythmes de deep learning s’inspirent de notre façon de résonner, C’est une avancée majeur dans la technologie des IA et elles nous permettent aussi de comprendre notre propre esprit. Elles peuvent permettre de trouver des solutions à des maladies comme Alzheimer.

Aujourd’hui je me demande quel est le bon équilibre entre les souvenirs et nos questions sur l’avenir, comment s’inspirer du passé pour construire notre vie. Quels sont les souvenirs qu’il faut accepter de laisser partir et quels sont ceux qu’on choisis de chérir, qui définissent nos valeurs, notre identité. Maintenant, je me rends compte que la puissance d’une bonne histoire, c’est donner du sens aux évènements marquants en faisant notamment référence aux éléments anodin qui les composent. Une “bonne” histoire ne peut pas être que marquantes, son rythme varie comme celui d’une chanson, entre des moments calmes et des moments intenses. Le plus dur étant de trouver l’harmonie idéale entre eux. Au-delà, il faut accepter qu’une histoire finisse, une chanson dure quelques minutes, mais lorsqu’elle s’éternise, l’intensité du moment est perdus dans la masse. Une chanson qui dure des heures n’a plus d’autre sens que dans la performance artistique, mais qu’est-ce qu’il se passerait si tous le monde se mettait à faire des chansons de plusieurs heures? Qui se souviendrait de cette intense chanson? Et donc j’en reviens à ma question, est-ce que c’est la durée du moment qui fait son intensité ou plutôt un instant précis?

 

Bien sur oublier c’est frustrant, nous grandissons avec des questions et le temps qui passe, les rencontres, les voyages, les découvertes nous apportent les réponses, la mémoire créer notre sagesse, mais pour une expérience qui marche, combien en avons-nous fait qui ont échouer? Je pense à cet enfant qui apprend à marcher ou lorsqu’il apprend une nouvel langue, il essaie et se trompe, de gestes, de mots… Puis il réessaie, parce que c’est dans sa nature, jusqu’à avoir le bon geste, le bon mot, celui qui permet de courir, de dialoguer avec des étrangers… Est-ce qu’on a besoin de se souvenir lorsqu’on trébuchait ou lorsqu’on confondait les mots? Les erreurs sont importantes, mais leur souvenirs n’ont de sens que dans l’enseignement. Transmettre la connaissance est un choix conscient, notre civilisation à créer des reflexes allant à l’encontre même de notre nature. Heureusement, nous avons la possibilité d’avoir plusieurs enseignants, de choisir à travers la multitude de la population, ceux qui garderont le savoir accumulé. Les anciennes civilisations ont érigé ces gardiens de la connaissance en VIP, des chamans, sorciers, magiciens. La nature essaye toutes les possibilités, si un être ne peut pas garder un savoir alors ce sera un autre, on ne recommence jamais totalement au début, une Histoire. Il y aura toujours quelqu’un pour commencer une nouvel histoire en se basant sur les enseignements du passé, pour moi toute la difficulté réside là: comment choisir les bonnes expériences? Comment transformer une ancienne idée en projet? Et surtout comment accepter qu’une idée, qu’une personne puisse s’en aller, qu’il est temps de réessayer, essayer autrement, autre chose?

 

 

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