Faut-il tuer le dragon pour séduire la princesse?

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Qui a déjà pris le temps d’observer des inconnus s’aimer? gravir des montagnes, batir des entreprises… Il y a tellement de choses à vivre, à découvrir, des doses d’inspirations et d’émotions. Mais ces histoires qui veut les entendre, les raconter? Bien sur on aime voir des gens qui réussissent, qui nous donnent envie à notre tour de réussir… Mais comment définir la réussite?

 

L’art de raconter

La réussite c’est des objectifs remplis, un manque qu’on a comblé, un résultat à atteindre. Quelque chose qu’on avait pas au début et qu’on trouve. Une histoire raconte une quête pour obtenir quelque chose, assouvir nos désirs. Dans le mythe du héros, il y a différentes étapes à franchir pour s’accomplir intérieurement et extérieurement, c’est une initiation. Mais est-ce que l’histoire aurait du sens sans cette initiation? Est-ce qu’on peut avoir le sentiment de réussite quand on a déjà tout ce dont on a besoin? Dans la plupart des histoires pour ne pas dire toutes, il y  a un début, un milieu et une fin, la naissance, la vie et la mort. C‘est instinctif, même si notre perception du temps est subjective, nous connaissons tous la direction et c’est peut-être ça qui nous pousse à lui donner du sens. Je me suis toujours sentis plus à l’aise avec les animaux que les humains, pendant longtemps ça m’a intrigué. Aujourd’hui je me demande si ce n’est pas justement grâce à cette insouciance du lendemain, de profiter des petits plaisirs de la journée, de la vie, sans avoir besoin de réaliser des quêtes. Notre conscience du monde, des autres fait de nous des êtres curieux, avide de savoirs et de découvertes, et ces quêtes ne peuvent naitre que de l’inconnus. Comme son nom l’indique, on ne peut pas savoir à quoi s’attendre, ça peut être une “princesse” ou un “dragon”… La “carotte” ou le “bâton”: la motivation (eros: l’amour) ou la démotivation (thanatos: la mort). La question est donc plus de savoir, qu’est-ce que nous sommes prêt à risquer pour la motivation, plus que de savoir si nous en avons vraiment envie. Au cours des âges, l’humanité à continuer à croître, accumuler les connaissances, le temps et l’énergie des précédentes générations pour améliorer notre confort, notre sécurité et nos besoins alimentaire. Que ça nous plaise ou non, la croissance infini existera toujours car nous ne repartons pas du début à chaque génération, nous changeons seulement d’objectifs avec l’arrivées de nouveaux outils. Vaut-il mieux vivre doucement à la lumière, comme une tortue ou sommes-nous prêt à traverser l’obscurité pour y trouver de nouveaux trésors?

 

L’art d’identifier ses besoins

Pyramide de MaslowOn pourrait aussi dire que cela engendrerait de nouveaux besoins si on se fit à la pyramide de Maslow. Mais ce qui me dérange c’est que dans chaque histoire il y a une “étape de souffrance”, il faut se battre même pour obtenir le coeur d’une dame, pour obtenir un empire… Bien sur ça exige du temps et de la curiosité mais est-ce que cela doit nécessairement être compliqué, engendré de la souffrance? Est-ce qu’un amour pour lequel on s’est battus avec toute les larmes de son corps a-t’il plus de sens, d’intérêt? Ou est-ce parce qu’il a du sens que nous serions prêt à y mettre toutes les larmes de son corps? Je pense à “Druss la légende” de David Gemmell, surement le récit le plus inspirant que j’ai lus (en réalité c’est une trilogie de trois histoires  différentes racontant la vie du héros: “Druss la légende”, “la légende de Marche-mort” et “Legende”). Il reprend tous les codes du mythes du héros mais avec la patte typique de l’auteur. Il a créer un personnage à la fois simple et fort, un bûcheron, amoureux d’une fille qui se fait enlever alors qu’ils sont adolescent. Pendant sept ans, il va traverser le monde pour la retrouver, rencontrer des gens et participer à des batailles. Le jeune bûcheron avec sa hache, va devenir un soldat qui se bat pour les causes perdus, et sans s’en rendre compte va acquérir l’âme d’un meneur d’homme. Certains passages sont tellement vivant, lorsqu’il montre au hommes comment se battre alors que tout espoir s’est envolé, je me demande quelle est l’expérience de l’auteur sur le terrain. Dans sa biographie, on peut lire que David Gemmell était un grand type costaux (à l’image de Druss?) qui a longtemps été un agent de sécurité dans le quartier de Soho à Londres, puis qu’il a été journaliste.

Une histoire c’est un savoureux mélange entre de l’extase et de la frustration, un univers, des personnages et des éléments qui font le lien. Nous lisons des livres pour ressentir et apprendre des choses, pour cela il faut aussi des ambiances, placer les personnages dans des situations marquant l’émotion. Comment marquer l’émotion, c’est toute la difficulté de l’art, il faut une grande maitrise des mécanismes de l’esprit. Et maitriser, ça commence par expérimenter. Qui veut jouer les cobayes?

 

L’art de se compliquer la vie

Les histoires que nous racontons enseigne toutes généralement la difficulté, la notion de compétition, alors que dans la vie, l’intérêt repose sur des émotions des choses bien plus subtile, parfois il suffit d’une question: “est-ce que tu veux m’aimer?” et ça peut marcher… Non je n’ai jamais entendus quelqu’un essayer ça, pourtant, je suis convaincus que ça marcherait quand on voit certains regards se croiser… Mais nous grandissons avec le mythe du héros, c’est dans notre culture, voir même dans nos tripes: il faut tuer un “dragon”, un “chevalier noir” ou même son “double maléfique” pour trouver des choses aussi simple que l’amour. Sans le vouloir (j’espère) nous enseignons aux enfants de bâtir des empires, trouver la richesse pour acquérir des biens dont nous ne savons pas mesurer la valeur. On nous dit que la vie n’a pas de prix, alors on la donne au nom de grandes causes, en espérant un résultat. il y a des choses qui inspirent notre coeur et d’autres qui nous laissent froid, la patrie, l’amour, les enfants, des grandes demeures… Ce qui nous motive, nos valeurs, nos croyances est un vaste terrain à explorer. Pourtant j’ai l’impression que le paradigme est en train de changer, pendant des millénaires des chasseurs ont été vénéré, d’abords des chefs de clan puis leurs enfants sont devenus des roi, des empereurs. Pendant longtemps le pillage à été une source rapide de richesse, on pouvait rester isolé en fouillant la terre et en la travaillant ou miser sa vie pour acquérir le travail de ses voisins. A l’ère de la mondialisation, le pillage n’a plus vraiment de sens, sauf quand on est dans une pauvreté extrême. Il y a d’autres manière de s’enrichir, bien plus intéressante, bien moins dangereuse. Au cours de ce dernier siècle, les innovations ont rendue obsolète la guerre, les musiciens sont devenus nos nouveaux héros.
Nous déchainons nos pulsions primitives dans des lieux spécialisés, équipés,  en toute convivialité. Bien sur il y a toujours des conflits dans le monde, en dehors du fait qu’ils utilisent des armes modernes, ils restent minoritaire, on ne déplace plus d’immenses armées pour aller conquérir juste une ville, une “poignée” d’homme suffit. Les combats moderne sont principalement des escarmouches urbaines, les bombes manquent beaucoup de précision par rapport à leurs couts, et c’est quand même mieux de pouvoir réutiliser les bâtiments après un conflit. Bref aujourd’hui grâce à internet, on peut accéder tellement de connaissances, d’oeuvres intellectuelles (musique, film, textes) sans avoir à les piller… Nous vivons dans un monde moderne avec les règles du passé. je pense que ça a toujours été le cas, il faut du temps pour prendre conscience d’une situation et s’adapter, d’autant plus que nous sommes nombreux à la vivre, c’est une éducation. La façon dont nous racontons les histoires influence notre vision du monde.

 

L’art d’être négatif

Les histoires que nous vivons occulte la simplicité, nous apprenons à chercher la difficulté là où elle n’est pas nécessaire. celui qui découvre une aventure à besoin d’être guidé, c’est difficile de se retrouver largué au milieu de quelques part et trouver des repères pour atteindre l’objectif, il faut une base de départ. Ouvrir un livre au milieu ne facilite pas la lecture, déjà que ça prend des heures pour finir le récit. Le cinéma à changé tout ça, nous pouvons vivre de grandes aventures en moins de deux heures grâce aux montages. Nous pouvons les voir et les revoir, découvrir d’autres niveaux de lecture. La beauté du cinéma c’est de pouvoir vivre des centaines d’expériences en très peu de temps. En une année, j’ai pu “vivre” la vie de centaines de personnes, voir de milliers. Bien sur ce n’est pas réel, mais ça ouvre tout de même des perspectives “Et si…?”.  Grâce au cinéma, que ce soit des films ou des documentaires, nous sommes bien plus cultivés que nos ancêtres. j’ai vu le cinéma évoluer depuis ces trente dernières années, mettre en place des astuces pour surprendre le spectateur, casser les codes du récit, la courbe d’ambiance. Des techniques d’intrigues du siècles derniers sont maintenant des clichés. Nous sommes plus exigeants avec les histoires que nous “vivons”, pourtant, il y a toujours la notion d’intrigue. Chaque situation nait d’un problème ou pour être exacte, chaque situation engendre un problème, dans un récit, nous explorons la manière dont une situation pourrait tourner “mal”, le happy end ne sert qu’à relativiser, créer une boucle (avec le confort de la situation initiale). Nous enseignons inconsciemment à notre génération à être pessimiste, et ça s’entends dans les discours, nous parlons de problèmes encore et encore,  mais rare sont ceux qui cherchent les solutions, ça demande de la curiosité et aussi de la volonté, essayer encore et encore jusqu’à trouver l’outil adapté, c’est ce qu’on peut voir dans certains mythes, le héros est amené à se questionner sur son présent, à imaginer le futur en se rappelant son passé. Il n’y a pas forcément besoin d’aller tuer un dragon pour sauver la princesse, surtout à une époque où l’on (re)découvre que les dragons sont des créatures simples, basés sur des besoins primitifs (manger, dormir, chier) et qu’à l’inverse les princesses sont des êtres difficile à satisfaire. (Même si dans certains récits, on imagine les dragons comme une espèce ancienne, disparus ou partis, porteur d’une sagesse, voir une magie ancienne, à l’image de notre fascination pour les dinosaures, comme une sorte de métaphore des erreurs du passé qu’on doit éviter.) Dans la vie il y a beaucoup d’attentes, des petits instants rien qu’à soi, pour imaginer, rêver, se reposer. Ces instants n’appartiennent qu’à nous, de l’émotion pure sans intrigue. Qui voudraient les raconter aux autres, qui pourraient? Quand on monte un film, on écrit une histoire, on occulte généralement tous ces instants, à moins bien sur qu’ils apportent de l’humanité au personnage, on en met parfois pour montrer que c’est un être qui a aussi besoin de se reposer, ça permet de s’identifier, comme une scène d’amour, le sexe apporte rarement quelque chose à une intrigue mais il fait partout de nos instincts primaire, c’est contemplatif.

NB: D’ailleurs aujourd’hui je distingue une “mauvaise” histoire à une “bonne” lorsqu’on il y a trop de scène de ce genre, lorsqu’on abuse du sexe et de la violence (éros et thanatos, les piliers de nos vies) c’est qu’on a rarement plus intéressant à dire, c’est du remplissage. Bien sur en tenant compte du contexte et de la démarche de l’auteur. un film peut être contemplatif, actif ou un subtil mélange, mais ça se sent lorsqu’une œuvre échappe à son créateur. Pourtant j’estime être bon publique, je peux apprécier une œuvre malgré ces défauts, à partir du moment où elle reste cohérente.

 

 

Un autre genre d’histoire coule en nous, la poésie, pendant longtemps je n’ai pas compris son utilité, ça n’a pas de sens, c’est court et souvent maladroit… Mais aujourd’hui, je maitrise mieux la langue, ces subtilités et je ressens l’émotions qu’elle créer. Alors je me demande, peut-on écrire des histoires sur de simples évènements? Peut-on raconter des souvenirs plus que des récits “épiques”? Je pourrais vous parler de ce couple assis là sur ce banc qui s’aime à la folie depuis 20 ans ou encore ce vieil homme qui ne se lasse pas d’admirer la mer,  mais est-ce que vous voudriez écouter leur histoire? Une émotion est compliqué à décrire, raconter un histoire, voir son histoire est un jeu subtile qu’on a rarement l’habitude de maitriser. Et même si on pouvait écrire une histoire dessus, est-ce qu’elle serait aussi intéressante qu’un héros grandissant entre nos mains, dans notre imaginaire? J’aimerai qu’on réinvente les histoires pour inspirer le bonheur, plus que pour l’initier, apprendre à danser avec le feu, plutôt qu’à le dompter.  Et vous êtes-vous plutôt du genre à chasser le dragon ou à l’apprivoiser? Dites-moi dans les commentaires, ça me ferait super plaisir d’en discuter.


Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    2
    Partages
  • 2
  •  
  •  
  •  
  •